Le hantavirus Dobrava-Belgrade (DOBV) est la souche européenne la plus sévère de la famille des Hantaviridae. Selon l'ECDC et le CDC, il provoque une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) dont la létalité atteint 5 à 12 % selon les génotypes, contre moins de 0,4 % pour le virus Puumala qui domine en France. Identifié en 1992 en Slovénie par l'équipe de Tatjana Avšič-Županc (PubMed PMID 1357159), il est porté par plusieurs espèces de mulots du genre Apodemus, au premier rang desquels le mulot à collier (Apodemus flavicollis) dans les Balkans. Sa zone d'endémie couvre la péninsule balkanique, l'Europe centrale et orientale et la Russie européenne.

Le virus Dobrava-Belgrade : présentation générale
Le virus Dobrava-Belgrade (DOBV) appartient au genre Orthohantavirus, famille des Hantaviridae, ordre des Bunyavirales, selon la classification taxonomique publiée par l'ICTV (International Committee on Taxonomy of Viruses). Comme les autres hantavirus, il s'agit d'un virus à ARN simple brin de polarité négative, segmenté en trois fragments génomiques :
- Segment S (Small) : code la nucléoprotéine virale (N), cible privilégiée de la réponse immunitaire et des tests sérologiques
- Segment M (Medium) : code les glycoprotéines d'enveloppe Gn et Gc, responsables de l'attachement et de l'entrée du virus dans la cellule cible
- Segment L (Large) : code l'ARN polymérase virale dépendante de l'ARN (RdRp)
Cette structure tripartite est commune à tous les hantavirus, mais les séquences nucléotidiques et les propriétés antigéniques du DOBV permettent de le distinguer clairement des souches voisines Puumala, Seoul, Hantaan, Sin Nombre ou Andes.
Découverte en 1992 en Slovénie
Selon la littérature scientifique de référence indexée dans PubMed, le virus Dobrava a été caractérisé pour la première fois en 1992 par Tatjana Avšič-Županc et son équipe, à l'Institut de microbiologie et d'immunologie de la Faculté de médecine de Ljubljana (Slovénie). L'article original, intitulé « Characterization of Dobrava virus: a hantavirus from Slovenia, Yugoslavia », a été publié dans le Journal of Medical Virology en 1992 et figure dans PubMed sous le PMID 1357159.
Le virus a été isolé à partir d'un mulot à collier (Apodemus flavicollis) capturé dans le village de Dobrava, dans la région de Ljubljana en Slovénie, alors province de la Yougoslavie. La référence à « Belgrade » dans le nom complet « Dobrava-Belgrade » fait référence à des isolats serbes décrits parallèlement et à la zone géographique d'endémie principale dans les Balkans, autour de l'ancienne Yougoslavie. L'ICTV a retenu la dénomination officielle Dobrava-Belgrade orthohantavirus.
« Dobrava-Belgrade virus is the most pathogenic hantavirus in Europe, causing severe haemorrhagic fever with renal syndrome with a case fatality rate of up to 12 % in the Balkans. Its main rodent reservoir is the yellow-necked mouse (Apodemus flavicollis). »
Génotypes Dobrava-Belgrade : DOBV-Af, DOBV-Aa, DOBV-Ap
Selon l'ECDC et la classification scientifique reprise par l'ICTV, le virus Dobrava-Belgrade comporte plusieurs génotypes distincts, différenciés par leur réservoir rongeur, leur distribution géographique et leur sévérité clinique. La classification actuellement la mieux établie reconnaît trois génotypes principaux.
Génotype DOBV-Af (Apodemus flavicollis)
Le génotype DOBV-Af est porté par le mulot à collier (Apodemus flavicollis) et constitue le génotype originel de la souche, à partir duquel le virus a été isolé en Slovénie en 1992. Il circule principalement dans les Balkans :
- Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro
- Albanie, Macédoine du Nord, Bulgarie, Grèce
- Sud-est de l'Europe centrale
Selon plusieurs publications épidémiologiques d'Eurosurveillance et le MSD Manual, c'est le génotype le plus virulent, avec une létalité pouvant atteindre 10 à 12 % dans les séries cliniques balkaniques. Il est responsable de la majorité des formes sévères et des décès attribués à DOBV.
Génotype DOBV-Aa (Apodemus agrarius)
Le génotype DOBV-Aa est porté par le mulot rayé (Apodemus agrarius). Il a été identifié initialement en Russie et en Estonie, puis confirmé dans plusieurs pays d'Europe centrale et septentrionale :
- Allemagne (notamment Allemagne du Nord-Est)
- Estonie, Lettonie, Lituanie
- Pologne, République tchèque, Slovaquie
- Russie européenne occidentale
Sa virulence est intermédiaire : la létalité observée est nettement inférieure à celle du DOBV-Af, de l'ordre de 0,3 à 0,9 % selon les séries cliniques publiées dans Eurosurveillance. Le tableau clinique reste néanmoins celui d'une FHSR pouvant nécessiter une hospitalisation et une épuration extra-rénale dans une partie des cas.
Génotype DOBV-Ap (Apodemus ponticus)
Le génotype DOBV-Ap est porté par Apodemus ponticus, mulot du Caucase. Sa circulation est documentée principalement dans le sud de la Russie européenne, le Caucase et quelques zones limitrophes. Il représente une fraction minoritaire des cas DOBV documentés, avec une sévérité clinique encore en cours de caractérisation.
| Génotype | Réservoir principal | Distribution | Sévérité |
|---|---|---|---|
| DOBV-Af | Apodemus flavicollis | Balkans | Très sévère (létalité jusqu'à 12 %) |
| DOBV-Aa | Apodemus agrarius | Europe centrale, Allemagne, Estonie, Russie | Intermédiaire (létalité ~ 0,3 à 0,9 %) |
| DOBV-Ap | Apodemus ponticus | Caucase, sud Russie | En cours de caractérisation |
Réservoir animal : les mulots du genre Apodemus
Selon l'ECDC et le CDC, le réservoir naturel du virus Dobrava-Belgrade est constitué de plusieurs espèces de mulots appartenant au genre Apodemus (famille des Muridae). Contrairement à Puumala, porté par un seul réservoir (le campagnol roussâtre), Dobrava présente une spécificité réservoir-génotype qui structure sa diversité virale et sa distribution géographique.
Apodemus flavicollis (mulot à collier)
Le mulot à collier (Apodemus flavicollis) est le réservoir principal du génotype DOBV-Af, le plus sévère. Ce rongeur est caractérisé par :
- Taille de 9 à 12 cm de corps (queue plus longue que le corps)
- Poids de 20 à 50 g
- Pelage brun-roux dorsal, blanc ventral
- Collier jaune clair caractéristique au niveau de la gorge
- Grands yeux et grandes oreilles
Son habitat préférentiel comprend les forêts de feuillus matures (chênaies, hêtraies), les forêts mixtes, les lisières et les zones bocagères. Il fréquente régulièrement les bâtiments ruraux situés en bordure de zone forestière : granges, cabanes, abris, greniers, caves. Son aire de répartition européenne couvre l'essentiel de l'Europe continentale, mais sa séroprévalence pour DOBV est nettement plus élevée dans les Balkans.
Apodemus agrarius (mulot rayé)
Le mulot rayé (Apodemus agrarius) est le réservoir du génotype DOBV-Aa. Il se distingue par une bande noire dorsale longitudinale caractéristique. Son habitat est plus ouvert que celui du mulot à collier : prairies humides, cultures, bordures de forêts, friches, jardins, bâtiments agricoles. Sa distribution s'étend de l'Europe centrale et septentrionale jusqu'à l'Asie de l'Est, où il sert également de réservoir au virus Hantaan (autre espèce virale distincte du Dobrava-Belgrade).
Apodemus ponticus (mulot du Caucase)
Apodemus ponticus est une espèce endémique du Caucase et des régions limitrophes. Elle est le réservoir du génotype DOBV-Ap. Son rôle dans la circulation du virus en dehors du Caucase reste limité.
Excrétion virale et persistance
Comme pour les autres hantavirus, les mulots Apodemus infectés par DOBV sont des porteurs chroniques asymptomatiques. Ils excrètent le virus dans leur urine, leurs fèces et leur salive pendant plusieurs mois, voire à vie, sans présenter de maladie. Selon l'ECDC, le virus persiste plusieurs jours dans l'environnement, particulièrement dans les milieux frais, humides et à l'abri du soleil direct (caves, granges, sous-sols). Les rayons ultraviolets, la chaleur et les désinfectants standard (eau de Javel diluée, alcool, ammoniums quaternaires) inactivent le virus.
Distribution géographique en Europe
Selon l'ECDC, la zone d'endémie principale du virus Dobrava-Belgrade couvre la péninsule balkanique, complétée par une circulation documentée en Europe centrale, en Europe du Nord-Est et en Russie européenne. La distribution suit celle des espèces réservoirs Apodemus, avec une intensité variable selon les pays et les génotypes.
| Pays / Région | Génotype dominant | Niveau d'endémie |
|---|---|---|
| Slovénie | DOBV-Af | Élevé (zone de découverte) |
| Croatie, Bosnie, Serbie, Monténégro | DOBV-Af | Élevé |
| Albanie, Macédoine du Nord, Bulgarie, Grèce | DOBV-Af | Modéré à élevé |
| Allemagne (Nord-Est) | DOBV-Aa | Modéré |
| Estonie, Lettonie, Lituanie | DOBV-Aa | Modéré |
| Russie européenne | DOBV-Aa, DOBV-Ap | Modéré |
| Roumanie, Hongrie, Slovaquie | DOBV-Af / DOBV-Aa | Sporadique à modéré |
| France | Aucun (cas importés possibles) | Non endémique |
Cas importés en France
Selon le Centre National de Référence Hantavirus de l'Institut Pasteur et Santé publique France, le virus Dobrava-Belgrade n'est pas endémique en France métropolitaine. Le réservoir Apodemus flavicollis est présent sur le territoire français mais ne porte pas le génotype DOBV-Af aux densités séroprévalentes observées dans les Balkans, et la circulation autochtone de DOBV n'a pas été documentée.
Des cas sporadiques peuvent toutefois être identifiés chez des voyageurs ayant séjourné en zone d'endémie (Balkans, Europe centrale, Russie européenne) et présentant une FHSR au retour. Aucune donnée chiffrée officielle récente sur le nombre annuel de cas importés de Dobrava en France n'est publiée publiquement à ce jour. Toute suspicion clinique doit faire pratiquer une sérologie hantavirus et un typage de souche par le CNR Pasteur.
FHSR sévère : tableau clinique du virus Dobrava
Selon le MSD Manual et l'ECDC, l'infection à virus Dobrava-Belgrade provoque la forme la plus sévère de FHSR observée en Europe. Le tableau clinique est plus marqué que celui du virus Puumala, avec des signes hémorragiques plus fréquents, une atteinte rénale plus profonde et un risque accru de choc hypotensif et de complications.
Incubation
Selon l'ECDC, la durée d'incubation du virus Dobrava est de 2 à 4 semaines en moyenne, avec des extrêmes de 1 à 6 semaines. Cette incubation prolongée rend parfois difficile l'identification de l'exposition par le patient, notamment chez les voyageurs revenus depuis plusieurs semaines.
Phases cliniques classiques
La FHSR Dobrava suit les cinq phases classiques décrites pour les hantaviroses de l'Ancien Monde, souvent plus marquées qu'avec Puumala :
| Phase | Durée | Caractéristiques principales |
|---|---|---|
| 1. Fébrile | 3 à 7 jours | Fièvre brutale > 39 °C, céphalées intenses, myalgies sévères, photophobie, troubles digestifs marqués |
| 2. Hypotensive | Quelques heures à 3 jours | Chute tensionnelle parfois sévère, thrombopénie marquée, douleurs lombaires intenses, choc possible |
| 3. Oligurique | 3 à 10 jours | Insuffisance rénale aiguë sévère, signes hémorragiques, protéinurie massive |
| 4. Polyurique | Plusieurs semaines | Reprise de la diurèse, retour progressif de la fonction rénale |
| 5. Convalescence | Plusieurs mois | Fatigue prolongée, récupération généralement complète |
Signes hémorragiques plus marqués qu'avec Puumala
Selon le MSD Manual, les manifestations hémorragiques sont plus fréquentes et plus sévères dans la FHSR Dobrava que dans la FHSR Puumala :
- Pétéchies cutanéo-muqueuses fréquentes
- Épistaxis (saignements de nez) parfois importantes
- Gingivorragies
- Hématémèse et méléna (hémorragies digestives)
- Hématurie macroscopique
- Coagulopathie de consommation possible
- Plus rarement, hémorragies cérébrales ou pulmonaires
Atteinte rénale sévère
L'atteinte rénale est plus profonde que dans la FHSR Puumala, avec :
- Oligurie franche (parfois anurie complète) pendant 5 à 10 jours
- Élévation marquée de la créatinine et de l'urée
- Protéinurie massive (souvent > 3 g/24 h)
- Recours fréquent à l'épuration extra-rénale (hémodialyse) en phase aiguë
Selon l'ECDC, une proportion importante des patients hospitalisés pour FHSR Dobrava sévère nécessite une dialyse transitoire. La récupération de la fonction rénale est habituelle chez les survivants, mais des séquelles néphrologiques modérées peuvent persister.
Létalité et données épidémiologiques
Selon l'ECDC, le CDC et le MSD Manual, la létalité de l'infection à virus Dobrava-Belgrade est la plus élevée des hantaviroses européennes, mais dépend fortement du génotype responsable et de la qualité de la prise en charge.
Létalité selon les génotypes
| Génotype | Létalité estimée | Sources |
|---|---|---|
| DOBV-Af (Balkans) | 5 à 12 % | ECDC, Eurosurveillance, MSD Manual |
| DOBV-Aa (Europe centrale) | 0,3 à 0,9 % | Études allemandes et russes Eurosurveillance |
| DOBV-Ap (Caucase) | Aucune donnée chiffrée officielle disponible à ce jour | — |
Comparaison avec les autres souches européennes
| Souche | Réservoir | Distribution | Sévérité | Létalité |
|---|---|---|---|---|
| Puumala | Campagnol roussâtre | Europe (France nord-est) | Atténuée | < 0,4 % |
| Seoul | Rat brun | Cosmopolite (urbaine) | Modérée | 1 à 2 % |
| Dobrava-Belgrade (DOBV-Af) | Mulot à collier | Balkans | Très sévère | 5 à 12 % |
| Hantaan (cousin asiatique) | Mulot rayé | Asie de l'Est | Sévère | 5 à 15 % |
Surveillance épidémiologique européenne
L'ECDC coordonne la surveillance des hantaviroses au niveau européen, via le réseau TESSy (The European Surveillance System). Les publications d'Eurosurveillance rendent compte de la circulation de DOBV dans les Balkans, en Allemagne et en Europe de l'Est. Le nombre annuel de cas DOBV déclarés au niveau européen reste nettement inférieur à celui des cas Puumala, mais la sévérité clinique justifie une vigilance particulière. Pour le détail des chiffres récents, veuillez consulter les rapports officiels de l'ECDC et des autorités sanitaires nationales concernées.
Diagnostic biologique
Selon le CNR Hantavirus de l'Institut Pasteur, le diagnostic de l'infection à virus Dobrava-Belgrade repose sur deux approches complémentaires : la sérologie et la biologie moléculaire (PCR). L'orientation est clinique (FHSR sévère après séjour en zone d'endémie) et biologique (thrombopénie, insuffisance rénale aiguë).
Sérologie IgM et IgG
La sérologie spécifique recherche les anticorps dirigés contre les protéines du virus, principalement la nucléoprotéine :
- IgM anti-hantavirus : positifs dès le 3e-7e jour de symptômes, attestent d'une infection récente
- IgG anti-hantavirus : apparaissent à partir de la 2e semaine, persistent à vie
- Test de neutralisation : permet de différencier Dobrava-Belgrade de Puumala ou Seoul en cas de réactions croisées en ELISA ou immunofluorescence
Le CNR Hantavirus de l'Institut Pasteur dispose des techniques spécifiques pour le typage de la souche, indispensable au pronostic et à l'orientation épidémiologique. En cas de suspicion clinique au retour d'un voyage dans les Balkans, le médecin doit prescrire une sérologie hantavirus en mentionnant explicitement l'hypothèse Dobrava.
PCR et séquençage
La RT-PCR recherche directement l'ARN viral dans le sang ou les prélèvements rénaux. Elle est particulièrement utile en phase précoce (5 à 7 premiers jours de symptômes), quand les anticorps ne sont pas encore détectables. Le séquençage des segments S et M permet de confirmer la souche Dobrava-Belgrade et de déterminer le génotype précis (DOBV-Af, DOBV-Aa, DOBV-Ap), avec un intérêt pronostique et épidémiologique.
Bilan biologique évocateur
Plusieurs anomalies biologiques sont très évocatrices d'une FHSR sévère à Dobrava :
- Thrombopénie marquée (plaquettes souvent < 80 000/mm³)
- Leucocytose avec déviation gauche
- Insuffisance rénale aiguë avec élévation marquée de la créatinine
- Protéinurie massive
- Élévation des transaminases et de la CRP
- Troubles de la coagulation (TP abaissé, D-dimères élevés)
Traitement et prise en charge hospitalière
Selon le CDC, l'ECDC et le MSD Manual, il n'existe à ce jour aucun traitement antiviral spécifique validé en routine clinique contre le virus Dobrava-Belgrade. La prise en charge est essentiellement symptomatique et de soutien, avec une intensité adaptée à la sévérité du tableau.
Prise en charge symptomatique
- Hospitalisation systématique en service de médecine interne, infectiologie, néphrologie ou réanimation selon la sévérité
- Surveillance hémodynamique rapprochée : tension artérielle, fréquence cardiaque, diurèse horaire
- Équilibration hydro-électrolytique précise, adaptée à la phase clinique (éviter la surcharge en phase oligurique)
- Correction de la thrombopénie et de la coagulopathie selon les saignements
- Antalgiques pour les douleurs lombaires intenses (paracétamol, éviter AINS et aspirine)
- Transfusions de plaquettes ou de plasma frais congelé en cas de saignement sévère
- Épuration extra-rénale (hémodialyse) en phase oligurique sévère, parfois prolongée plusieurs semaines
- Réanimation en cas de choc, de coagulation intravasculaire disséminée ou d'atteinte multi-viscérale
Ribavirine : un antiviral à efficacité débattue
Selon le CDC et plusieurs revues scientifiques, la ribavirine a été évaluée comme antiviral potentiel dans la FHSR sévère, notamment pour le virus Hantaan en Asie. Les résultats sont contrastés : une efficacité modeste a été suggérée en cas d'administration très précoce (dans les 4 à 7 premiers jours de symptômes), mais le bénéfice clinique reste débattu et la ribavirine n'a pas d'autorisation de mise sur le marché spécifique dans cette indication en Europe. Son usage éventuel dans une FHSR Dobrava sévère relève d'une décision spécialisée au cas par cas, sur la base des données disponibles et après évaluation du rapport bénéfice-risque. Aucune autre molécule antivirale n'est validée à ce jour dans cette indication.
Pronostic
Avec une prise en charge hospitalière adaptée et précoce, la majorité des patients atteints de FHSR Dobrava survivent et récupèrent une fonction rénale satisfaisante. Le pronostic est plus défavorable chez :
- Les patients âgés ou porteurs de comorbidités
- Les patients pris en charge tardivement
- Les patients en choc à l'arrivée
- Les patients présentant une coagulopathie sévère ou des hémorragies multiples
Une convalescence longue (plusieurs mois) avec fatigue résiduelle est habituelle.
Prévention en zone d'endémie et pour les voyageurs
En l'absence de vaccin disponible en Europe, la prévention de l'infection à virus Dobrava-Belgrade repose entièrement sur la réduction de l'exposition aux mulots Apodemus et à leurs excrétas. Selon l'ECDC, l'INRS et le CDC, les mesures suivantes sont recommandées.
Mesures pour les résidents de zones d'endémie
- Éviter l'installation de rongeurs dans les habitations : boucher les ouvertures > 6 mm, grillager les aérations, stocker la nourriture en récipients hermétiques
- Aérer 30 minutes minimum tout local fermé depuis plusieurs semaines avant d'y pénétrer (granges, cabanes, abris, caves, greniers, résidences secondaires)
- Humidifier avant de nettoyer : vaporiser de l'eau de Javel diluée (1 volume pour 9 volumes d'eau) sur les surfaces souillées et laisser agir 15 minutes
- Ne jamais balayer à sec ni passer l'aspirateur sur des excréments de rongeurs (création d'aérosols infectants)
- Porter un masque FFP2 ou FFP3, des gants en caoutchouc et des lunettes de protection lors du nettoyage
- Ne pas manipuler de rongeur mort à mains nues ; utiliser une pelle, un sac plastique double et éliminer en déchets contaminés
- Laver soigneusement les mains au savon après toute intervention en zone potentiellement contaminée
Mesures professionnelles (INRS)
Pour les forestiers, agriculteurs, chasseurs et ouvriers du bâtiment intervenant en zone d'endémie d'Europe centrale, l'INRS recommande :
- Évaluation du risque biologique dans le document unique
- Formation et information sur les hantaviroses
- Port systématique d'EPI (masque FFP2 ou FFP3, gants, combinaison) lors d'activités à risque
- Procédures de nettoyage adaptées dans les bâtiments susceptibles d'être infestés
- Surveillance médicale renforcée par la médecine du travail
Conseils aux voyageurs vers les Balkans et l'Europe de l'Est
Le risque de FHSR Dobrava chez les voyageurs reste globalement faible, car il nécessite une exposition spécifique aux rongeurs en zone rurale ou forestière. Quelques recommandations simples permettent de le réduire :
- Éviter de dormir à même le sol en zone forestière ou rurale endémique
- Aérer les gîtes ruraux, refuges et chambres rurales avant occupation
- Stocker les denrées alimentaires dans des contenants hermétiques
- Ne pas manipuler de rongeurs vivants ou morts
- En cas de fièvre, douleurs lombaires, signes hémorragiques ou troubles urinaires dans les 6 semaines suivant le retour d'un séjour en zone d'endémie (Slovénie, Croatie, Serbie, Bulgarie, Grèce, Albanie, Russie, Allemagne du Nord, Estonie), consulter rapidement un médecin en mentionnant le séjour
- Demander au médecin une sérologie hantavirus avec demande explicite de typage de souche (CNR Pasteur)
Conduite à tenir en cas de suspicion
Si vous avez séjourné dans une zone d'endémie Dobrava et présentez dans les 6 semaines suivantes une fièvre élevée brutale, des céphalées intenses, des douleurs lombaires sévères, des saignements inhabituels ou une diminution des urines :
- Consultez rapidement votre médecin traitant en mentionnant le séjour et l'exposition éventuelle à des rongeurs
- Le médecin pourra prescrire un bilan biologique (NFS-plaquettes, créatinine, transaminases, CRP, bandelette urinaire) et une sérologie hantavirus
- En cas de signes de gravité (oligurie franche, saignements, confusion, hypotension), appelez le 15 (SAMU)
- Une hospitalisation est probable, en service de néphrologie ou d'infectiologie, parfois en réanimation
Pour aller plus loin
- Les hantavirus : famille virale, souches et classification
- Hantavirus Puumala : cousin européen moins sévère, endémique en France
- Hantavirus Hantaan : cousin asiatique, souche de référence FHSR
- Hantavirus Seoul : la souche cosmopolite des rats urbains
- Symptômes du hantavirus et FHSR à reconnaître
- Diagnostic biologique du hantavirus
- Vaccin hantavirus : état des recherches
- Régions d'endémie et zones à risque en Europe
