Hantavirus Dobrava-Belgrade : la souche européenne la plus sévère

Le hantavirus Dobrava-Belgrade (DOBV) est la souche européenne la plus sévère de la famille des Hantaviridae. Selon l'ECDC et le CDC, il provoque une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) dont la létalité atteint 5 à 12 % selon les génotypes, contre moins de 0,4 % pour le virus Puumala qui domine en France. Identifié en 1992 en Slovénie par l'équipe de Tatjana Avšič-Županc (PubMed PMID 1357159), il est porté par plusieurs espèces de mulots du genre Apodemus, au premier rang desquels le mulot à collier (Apodemus flavicollis) dans les Balkans. Sa zone d'endémie couvre la péninsule balkanique, l'Europe centrale et orientale et la Russie européenne.

Virus Dobrava-Belgrade : souche européenne sévère de hantavirus portée par le mulot à collier Apodemus flavicollis dans les Balkans
Le virus Dobrava-Belgrade circule dans les Balkans et en Europe centrale via les mulots du genre Apodemus.

Le virus Dobrava-Belgrade : présentation générale

Le virus Dobrava-Belgrade (DOBV) appartient au genre Orthohantavirus, famille des Hantaviridae, ordre des Bunyavirales, selon la classification taxonomique publiée par l'ICTV (International Committee on Taxonomy of Viruses). Comme les autres hantavirus, il s'agit d'un virus à ARN simple brin de polarité négative, segmenté en trois fragments génomiques :

  • Segment S (Small) : code la nucléoprotéine virale (N), cible privilégiée de la réponse immunitaire et des tests sérologiques
  • Segment M (Medium) : code les glycoprotéines d'enveloppe Gn et Gc, responsables de l'attachement et de l'entrée du virus dans la cellule cible
  • Segment L (Large) : code l'ARN polymérase virale dépendante de l'ARN (RdRp)

Cette structure tripartite est commune à tous les hantavirus, mais les séquences nucléotidiques et les propriétés antigéniques du DOBV permettent de le distinguer clairement des souches voisines Puumala, Seoul, Hantaan, Sin Nombre ou Andes.

Découverte en 1992 en Slovénie

Selon la littérature scientifique de référence indexée dans PubMed, le virus Dobrava a été caractérisé pour la première fois en 1992 par Tatjana Avšič-Županc et son équipe, à l'Institut de microbiologie et d'immunologie de la Faculté de médecine de Ljubljana (Slovénie). L'article original, intitulé « Characterization of Dobrava virus: a hantavirus from Slovenia, Yugoslavia », a été publié dans le Journal of Medical Virology en 1992 et figure dans PubMed sous le PMID 1357159.

Le virus a été isolé à partir d'un mulot à collier (Apodemus flavicollis) capturé dans le village de Dobrava, dans la région de Ljubljana en Slovénie, alors province de la Yougoslavie. La référence à « Belgrade » dans le nom complet « Dobrava-Belgrade » fait référence à des isolats serbes décrits parallèlement et à la zone géographique d'endémie principale dans les Balkans, autour de l'ancienne Yougoslavie. L'ICTV a retenu la dénomination officielle Dobrava-Belgrade orthohantavirus.

« Dobrava-Belgrade virus is the most pathogenic hantavirus in Europe, causing severe haemorrhagic fever with renal syndrome with a case fatality rate of up to 12 % in the Balkans. Its main rodent reservoir is the yellow-necked mouse (Apodemus flavicollis). »

ECDC, Hantavirus infection factsheet

Génotypes Dobrava-Belgrade : DOBV-Af, DOBV-Aa, DOBV-Ap

Selon l'ECDC et la classification scientifique reprise par l'ICTV, le virus Dobrava-Belgrade comporte plusieurs génotypes distincts, différenciés par leur réservoir rongeur, leur distribution géographique et leur sévérité clinique. La classification actuellement la mieux établie reconnaît trois génotypes principaux.

Génotype DOBV-Af (Apodemus flavicollis)

Le génotype DOBV-Af est porté par le mulot à collier (Apodemus flavicollis) et constitue le génotype originel de la souche, à partir duquel le virus a été isolé en Slovénie en 1992. Il circule principalement dans les Balkans :

  • Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro
  • Albanie, Macédoine du Nord, Bulgarie, Grèce
  • Sud-est de l'Europe centrale

Selon plusieurs publications épidémiologiques d'Eurosurveillance et le MSD Manual, c'est le génotype le plus virulent, avec une létalité pouvant atteindre 10 à 12 % dans les séries cliniques balkaniques. Il est responsable de la majorité des formes sévères et des décès attribués à DOBV.

Génotype DOBV-Aa (Apodemus agrarius)

Le génotype DOBV-Aa est porté par le mulot rayé (Apodemus agrarius). Il a été identifié initialement en Russie et en Estonie, puis confirmé dans plusieurs pays d'Europe centrale et septentrionale :

  • Allemagne (notamment Allemagne du Nord-Est)
  • Estonie, Lettonie, Lituanie
  • Pologne, République tchèque, Slovaquie
  • Russie européenne occidentale

Sa virulence est intermédiaire : la létalité observée est nettement inférieure à celle du DOBV-Af, de l'ordre de 0,3 à 0,9 % selon les séries cliniques publiées dans Eurosurveillance. Le tableau clinique reste néanmoins celui d'une FHSR pouvant nécessiter une hospitalisation et une épuration extra-rénale dans une partie des cas.

Génotype DOBV-Ap (Apodemus ponticus)

Le génotype DOBV-Ap est porté par Apodemus ponticus, mulot du Caucase. Sa circulation est documentée principalement dans le sud de la Russie européenne, le Caucase et quelques zones limitrophes. Il représente une fraction minoritaire des cas DOBV documentés, avec une sévérité clinique encore en cours de caractérisation.

Génotypes du virus Dobrava-Belgrade selon l'ECDC et la littérature
GénotypeRéservoir principalDistributionSévérité
DOBV-AfApodemus flavicollisBalkansTrès sévère (létalité jusqu'à 12 %)
DOBV-AaApodemus agrariusEurope centrale, Allemagne, Estonie, RussieIntermédiaire (létalité ~ 0,3 à 0,9 %)
DOBV-ApApodemus ponticusCaucase, sud RussieEn cours de caractérisation

Réservoir animal : les mulots du genre Apodemus

Selon l'ECDC et le CDC, le réservoir naturel du virus Dobrava-Belgrade est constitué de plusieurs espèces de mulots appartenant au genre Apodemus (famille des Muridae). Contrairement à Puumala, porté par un seul réservoir (le campagnol roussâtre), Dobrava présente une spécificité réservoir-génotype qui structure sa diversité virale et sa distribution géographique.

Apodemus flavicollis (mulot à collier)

Le mulot à collier (Apodemus flavicollis) est le réservoir principal du génotype DOBV-Af, le plus sévère. Ce rongeur est caractérisé par :

  • Taille de 9 à 12 cm de corps (queue plus longue que le corps)
  • Poids de 20 à 50 g
  • Pelage brun-roux dorsal, blanc ventral
  • Collier jaune clair caractéristique au niveau de la gorge
  • Grands yeux et grandes oreilles

Son habitat préférentiel comprend les forêts de feuillus matures (chênaies, hêtraies), les forêts mixtes, les lisières et les zones bocagères. Il fréquente régulièrement les bâtiments ruraux situés en bordure de zone forestière : granges, cabanes, abris, greniers, caves. Son aire de répartition européenne couvre l'essentiel de l'Europe continentale, mais sa séroprévalence pour DOBV est nettement plus élevée dans les Balkans.

Apodemus agrarius (mulot rayé)

Le mulot rayé (Apodemus agrarius) est le réservoir du génotype DOBV-Aa. Il se distingue par une bande noire dorsale longitudinale caractéristique. Son habitat est plus ouvert que celui du mulot à collier : prairies humides, cultures, bordures de forêts, friches, jardins, bâtiments agricoles. Sa distribution s'étend de l'Europe centrale et septentrionale jusqu'à l'Asie de l'Est, où il sert également de réservoir au virus Hantaan (autre espèce virale distincte du Dobrava-Belgrade).

Apodemus ponticus (mulot du Caucase)

Apodemus ponticus est une espèce endémique du Caucase et des régions limitrophes. Elle est le réservoir du génotype DOBV-Ap. Son rôle dans la circulation du virus en dehors du Caucase reste limité.

Excrétion virale et persistance

Comme pour les autres hantavirus, les mulots Apodemus infectés par DOBV sont des porteurs chroniques asymptomatiques. Ils excrètent le virus dans leur urine, leurs fèces et leur salive pendant plusieurs mois, voire à vie, sans présenter de maladie. Selon l'ECDC, le virus persiste plusieurs jours dans l'environnement, particulièrement dans les milieux frais, humides et à l'abri du soleil direct (caves, granges, sous-sols). Les rayons ultraviolets, la chaleur et les désinfectants standard (eau de Javel diluée, alcool, ammoniums quaternaires) inactivent le virus.

Distribution géographique en Europe

Selon l'ECDC, la zone d'endémie principale du virus Dobrava-Belgrade couvre la péninsule balkanique, complétée par une circulation documentée en Europe centrale, en Europe du Nord-Est et en Russie européenne. La distribution suit celle des espèces réservoirs Apodemus, avec une intensité variable selon les pays et les génotypes.

Distribution européenne du virus Dobrava-Belgrade (selon ECDC et Eurosurveillance)
Pays / RégionGénotype dominantNiveau d'endémie
SlovénieDOBV-AfÉlevé (zone de découverte)
Croatie, Bosnie, Serbie, MonténégroDOBV-AfÉlevé
Albanie, Macédoine du Nord, Bulgarie, GrèceDOBV-AfModéré à élevé
Allemagne (Nord-Est)DOBV-AaModéré
Estonie, Lettonie, LituanieDOBV-AaModéré
Russie européenneDOBV-Aa, DOBV-ApModéré
Roumanie, Hongrie, SlovaquieDOBV-Af / DOBV-AaSporadique à modéré
FranceAucun (cas importés possibles)Non endémique

Cas importés en France

Selon le Centre National de Référence Hantavirus de l'Institut Pasteur et Santé publique France, le virus Dobrava-Belgrade n'est pas endémique en France métropolitaine. Le réservoir Apodemus flavicollis est présent sur le territoire français mais ne porte pas le génotype DOBV-Af aux densités séroprévalentes observées dans les Balkans, et la circulation autochtone de DOBV n'a pas été documentée.

Des cas sporadiques peuvent toutefois être identifiés chez des voyageurs ayant séjourné en zone d'endémie (Balkans, Europe centrale, Russie européenne) et présentant une FHSR au retour. Aucune donnée chiffrée officielle récente sur le nombre annuel de cas importés de Dobrava en France n'est publiée publiquement à ce jour. Toute suspicion clinique doit faire pratiquer une sérologie hantavirus et un typage de souche par le CNR Pasteur.

FHSR sévère : tableau clinique du virus Dobrava

Selon le MSD Manual et l'ECDC, l'infection à virus Dobrava-Belgrade provoque la forme la plus sévère de FHSR observée en Europe. Le tableau clinique est plus marqué que celui du virus Puumala, avec des signes hémorragiques plus fréquents, une atteinte rénale plus profonde et un risque accru de choc hypotensif et de complications.

Incubation

Selon l'ECDC, la durée d'incubation du virus Dobrava est de 2 à 4 semaines en moyenne, avec des extrêmes de 1 à 6 semaines. Cette incubation prolongée rend parfois difficile l'identification de l'exposition par le patient, notamment chez les voyageurs revenus depuis plusieurs semaines.

Phases cliniques classiques

La FHSR Dobrava suit les cinq phases classiques décrites pour les hantaviroses de l'Ancien Monde, souvent plus marquées qu'avec Puumala :

Phases cliniques de la FHSR sévère à virus Dobrava-Belgrade
PhaseDuréeCaractéristiques principales
1. Fébrile3 à 7 joursFièvre brutale > 39 °C, céphalées intenses, myalgies sévères, photophobie, troubles digestifs marqués
2. HypotensiveQuelques heures à 3 joursChute tensionnelle parfois sévère, thrombopénie marquée, douleurs lombaires intenses, choc possible
3. Oligurique3 à 10 joursInsuffisance rénale aiguë sévère, signes hémorragiques, protéinurie massive
4. PolyuriquePlusieurs semainesReprise de la diurèse, retour progressif de la fonction rénale
5. ConvalescencePlusieurs moisFatigue prolongée, récupération généralement complète

Signes hémorragiques plus marqués qu'avec Puumala

Selon le MSD Manual, les manifestations hémorragiques sont plus fréquentes et plus sévères dans la FHSR Dobrava que dans la FHSR Puumala :

  • Pétéchies cutanéo-muqueuses fréquentes
  • Épistaxis (saignements de nez) parfois importantes
  • Gingivorragies
  • Hématémèse et méléna (hémorragies digestives)
  • Hématurie macroscopique
  • Coagulopathie de consommation possible
  • Plus rarement, hémorragies cérébrales ou pulmonaires

Atteinte rénale sévère

L'atteinte rénale est plus profonde que dans la FHSR Puumala, avec :

  • Oligurie franche (parfois anurie complète) pendant 5 à 10 jours
  • Élévation marquée de la créatinine et de l'urée
  • Protéinurie massive (souvent > 3 g/24 h)
  • Recours fréquent à l'épuration extra-rénale (hémodialyse) en phase aiguë

Selon l'ECDC, une proportion importante des patients hospitalisés pour FHSR Dobrava sévère nécessite une dialyse transitoire. La récupération de la fonction rénale est habituelle chez les survivants, mais des séquelles néphrologiques modérées peuvent persister.

Létalité et données épidémiologiques

Selon l'ECDC, le CDC et le MSD Manual, la létalité de l'infection à virus Dobrava-Belgrade est la plus élevée des hantaviroses européennes, mais dépend fortement du génotype responsable et de la qualité de la prise en charge.

Létalité selon les génotypes

Létalité comparée des génotypes Dobrava-Belgrade (selon ECDC et Eurosurveillance)
GénotypeLétalité estiméeSources
DOBV-Af (Balkans)5 à 12 %ECDC, Eurosurveillance, MSD Manual
DOBV-Aa (Europe centrale)0,3 à 0,9 %Études allemandes et russes Eurosurveillance
DOBV-Ap (Caucase)Aucune donnée chiffrée officielle disponible à ce jour

Comparaison avec les autres souches européennes

Comparatif des principales souches de hantavirus européennes
SoucheRéservoirDistributionSévéritéLétalité
PuumalaCampagnol roussâtreEurope (France nord-est)Atténuée< 0,4 %
SeoulRat brunCosmopolite (urbaine)Modérée1 à 2 %
Dobrava-Belgrade (DOBV-Af)Mulot à collierBalkansTrès sévère5 à 12 %
Hantaan (cousin asiatique)Mulot rayéAsie de l'EstSévère5 à 15 %

Surveillance épidémiologique européenne

L'ECDC coordonne la surveillance des hantaviroses au niveau européen, via le réseau TESSy (The European Surveillance System). Les publications d'Eurosurveillance rendent compte de la circulation de DOBV dans les Balkans, en Allemagne et en Europe de l'Est. Le nombre annuel de cas DOBV déclarés au niveau européen reste nettement inférieur à celui des cas Puumala, mais la sévérité clinique justifie une vigilance particulière. Pour le détail des chiffres récents, veuillez consulter les rapports officiels de l'ECDC et des autorités sanitaires nationales concernées.

Diagnostic biologique

Selon le CNR Hantavirus de l'Institut Pasteur, le diagnostic de l'infection à virus Dobrava-Belgrade repose sur deux approches complémentaires : la sérologie et la biologie moléculaire (PCR). L'orientation est clinique (FHSR sévère après séjour en zone d'endémie) et biologique (thrombopénie, insuffisance rénale aiguë).

Sérologie IgM et IgG

La sérologie spécifique recherche les anticorps dirigés contre les protéines du virus, principalement la nucléoprotéine :

  • IgM anti-hantavirus : positifs dès le 3e-7e jour de symptômes, attestent d'une infection récente
  • IgG anti-hantavirus : apparaissent à partir de la 2e semaine, persistent à vie
  • Test de neutralisation : permet de différencier Dobrava-Belgrade de Puumala ou Seoul en cas de réactions croisées en ELISA ou immunofluorescence

Le CNR Hantavirus de l'Institut Pasteur dispose des techniques spécifiques pour le typage de la souche, indispensable au pronostic et à l'orientation épidémiologique. En cas de suspicion clinique au retour d'un voyage dans les Balkans, le médecin doit prescrire une sérologie hantavirus en mentionnant explicitement l'hypothèse Dobrava.

PCR et séquençage

La RT-PCR recherche directement l'ARN viral dans le sang ou les prélèvements rénaux. Elle est particulièrement utile en phase précoce (5 à 7 premiers jours de symptômes), quand les anticorps ne sont pas encore détectables. Le séquençage des segments S et M permet de confirmer la souche Dobrava-Belgrade et de déterminer le génotype précis (DOBV-Af, DOBV-Aa, DOBV-Ap), avec un intérêt pronostique et épidémiologique.

Bilan biologique évocateur

Plusieurs anomalies biologiques sont très évocatrices d'une FHSR sévère à Dobrava :

  • Thrombopénie marquée (plaquettes souvent < 80 000/mm³)
  • Leucocytose avec déviation gauche
  • Insuffisance rénale aiguë avec élévation marquée de la créatinine
  • Protéinurie massive
  • Élévation des transaminases et de la CRP
  • Troubles de la coagulation (TP abaissé, D-dimères élevés)

Traitement et prise en charge hospitalière

Selon le CDC, l'ECDC et le MSD Manual, il n'existe à ce jour aucun traitement antiviral spécifique validé en routine clinique contre le virus Dobrava-Belgrade. La prise en charge est essentiellement symptomatique et de soutien, avec une intensité adaptée à la sévérité du tableau.

Prise en charge symptomatique

  • Hospitalisation systématique en service de médecine interne, infectiologie, néphrologie ou réanimation selon la sévérité
  • Surveillance hémodynamique rapprochée : tension artérielle, fréquence cardiaque, diurèse horaire
  • Équilibration hydro-électrolytique précise, adaptée à la phase clinique (éviter la surcharge en phase oligurique)
  • Correction de la thrombopénie et de la coagulopathie selon les saignements
  • Antalgiques pour les douleurs lombaires intenses (paracétamol, éviter AINS et aspirine)
  • Transfusions de plaquettes ou de plasma frais congelé en cas de saignement sévère
  • Épuration extra-rénale (hémodialyse) en phase oligurique sévère, parfois prolongée plusieurs semaines
  • Réanimation en cas de choc, de coagulation intravasculaire disséminée ou d'atteinte multi-viscérale

Ribavirine : un antiviral à efficacité débattue

Selon le CDC et plusieurs revues scientifiques, la ribavirine a été évaluée comme antiviral potentiel dans la FHSR sévère, notamment pour le virus Hantaan en Asie. Les résultats sont contrastés : une efficacité modeste a été suggérée en cas d'administration très précoce (dans les 4 à 7 premiers jours de symptômes), mais le bénéfice clinique reste débattu et la ribavirine n'a pas d'autorisation de mise sur le marché spécifique dans cette indication en Europe. Son usage éventuel dans une FHSR Dobrava sévère relève d'une décision spécialisée au cas par cas, sur la base des données disponibles et après évaluation du rapport bénéfice-risque. Aucune autre molécule antivirale n'est validée à ce jour dans cette indication.

Pronostic

Avec une prise en charge hospitalière adaptée et précoce, la majorité des patients atteints de FHSR Dobrava survivent et récupèrent une fonction rénale satisfaisante. Le pronostic est plus défavorable chez :

  • Les patients âgés ou porteurs de comorbidités
  • Les patients pris en charge tardivement
  • Les patients en choc à l'arrivée
  • Les patients présentant une coagulopathie sévère ou des hémorragies multiples

Une convalescence longue (plusieurs mois) avec fatigue résiduelle est habituelle.

Prévention en zone d'endémie et pour les voyageurs

En l'absence de vaccin disponible en Europe, la prévention de l'infection à virus Dobrava-Belgrade repose entièrement sur la réduction de l'exposition aux mulots Apodemus et à leurs excrétas. Selon l'ECDC, l'INRS et le CDC, les mesures suivantes sont recommandées.

Mesures pour les résidents de zones d'endémie

  • Éviter l'installation de rongeurs dans les habitations : boucher les ouvertures > 6 mm, grillager les aérations, stocker la nourriture en récipients hermétiques
  • Aérer 30 minutes minimum tout local fermé depuis plusieurs semaines avant d'y pénétrer (granges, cabanes, abris, caves, greniers, résidences secondaires)
  • Humidifier avant de nettoyer : vaporiser de l'eau de Javel diluée (1 volume pour 9 volumes d'eau) sur les surfaces souillées et laisser agir 15 minutes
  • Ne jamais balayer à sec ni passer l'aspirateur sur des excréments de rongeurs (création d'aérosols infectants)
  • Porter un masque FFP2 ou FFP3, des gants en caoutchouc et des lunettes de protection lors du nettoyage
  • Ne pas manipuler de rongeur mort à mains nues ; utiliser une pelle, un sac plastique double et éliminer en déchets contaminés
  • Laver soigneusement les mains au savon après toute intervention en zone potentiellement contaminée

Mesures professionnelles (INRS)

Pour les forestiers, agriculteurs, chasseurs et ouvriers du bâtiment intervenant en zone d'endémie d'Europe centrale, l'INRS recommande :

  • Évaluation du risque biologique dans le document unique
  • Formation et information sur les hantaviroses
  • Port systématique d'EPI (masque FFP2 ou FFP3, gants, combinaison) lors d'activités à risque
  • Procédures de nettoyage adaptées dans les bâtiments susceptibles d'être infestés
  • Surveillance médicale renforcée par la médecine du travail

Conseils aux voyageurs vers les Balkans et l'Europe de l'Est

Le risque de FHSR Dobrava chez les voyageurs reste globalement faible, car il nécessite une exposition spécifique aux rongeurs en zone rurale ou forestière. Quelques recommandations simples permettent de le réduire :

  • Éviter de dormir à même le sol en zone forestière ou rurale endémique
  • Aérer les gîtes ruraux, refuges et chambres rurales avant occupation
  • Stocker les denrées alimentaires dans des contenants hermétiques
  • Ne pas manipuler de rongeurs vivants ou morts
  • En cas de fièvre, douleurs lombaires, signes hémorragiques ou troubles urinaires dans les 6 semaines suivant le retour d'un séjour en zone d'endémie (Slovénie, Croatie, Serbie, Bulgarie, Grèce, Albanie, Russie, Allemagne du Nord, Estonie), consulter rapidement un médecin en mentionnant le séjour
  • Demander au médecin une sérologie hantavirus avec demande explicite de typage de souche (CNR Pasteur)

Conduite à tenir en cas de suspicion

Si vous avez séjourné dans une zone d'endémie Dobrava et présentez dans les 6 semaines suivantes une fièvre élevée brutale, des céphalées intenses, des douleurs lombaires sévères, des saignements inhabituels ou une diminution des urines :

  • Consultez rapidement votre médecin traitant en mentionnant le séjour et l'exposition éventuelle à des rongeurs
  • Le médecin pourra prescrire un bilan biologique (NFS-plaquettes, créatinine, transaminases, CRP, bandelette urinaire) et une sérologie hantavirus
  • En cas de signes de gravité (oligurie franche, saignements, confusion, hypotension), appelez le 15 (SAMU)
  • Une hospitalisation est probable, en service de néphrologie ou d'infectiologie, parfois en réanimation

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le virus Dobrava-Belgrade ?

Le virus Dobrava-Belgrade (DOBV) est une souche de hantavirus du genre Orthohantavirus, famille des Hantaviridae. Selon l'ECDC et le CDC, il s'agit de la souche européenne la plus sévère, responsable d'une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) sévère, avec une létalité estimée entre 5 et 12 % selon les génotypes. Il a été isolé pour la première fois en 1992 en Slovénie par l'équipe de Tatjana Avšič-Županc, à partir d'un mulot à collier (Apodemus flavicollis) capturé dans le village de Dobrava, près de Belgrade (PubMed PMID 1357159). Son réservoir principal est le mulot à collier, complété par le mulot rayé (Apodemus agrarius) pour le génotype DOBV-Aa.

Où circule le virus Dobrava en Europe ?

Selon l'ECDC et l'Institut Pasteur, le virus Dobrava-Belgrade circule principalement dans les Balkans (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Albanie, Bulgarie, Grèce, Macédoine du Nord) qui constituent son foyer historique. Il est également documenté en Europe centrale et orientale (Allemagne du Nord, Russie européenne, Estonie, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Roumanie) avec une circulation moins intense. La diversité des génotypes DOBV-Af, DOBV-Aa et DOBV-Ap reflète l'aire de répartition des différentes espèces d'Apodemus qui leur servent de réservoir. La sévérité clinique varie selon le génotype, le DOBV-Af des Balkans étant le plus virulent.

Quelle est la létalité du virus Dobrava ?

Selon l'ECDC et le MSD Manual, la létalité de l'infection à virus Dobrava-Belgrade est la plus élevée des hantavirus européens, estimée entre 5 et 12 % selon les génotypes et les séries cliniques. Le génotype DOBV-Af, porté par le mulot à collier dans les Balkans, est le plus sévère et peut atteindre une létalité de 12 %. Le génotype DOBV-Aa, lié au mulot rayé en Europe centrale et septentrionale, est plus modéré (létalité de l'ordre de 0,3 à 0,9 %). À titre de comparaison, le virus Puumala présente une létalité inférieure à 0,4 %, le virus Seoul de 1 à 2 %, et le virus Hantaan asiatique de 5 à 15 %. Le virus Dobrava est donc, en Europe, la souche dont le pronostic est le plus sévère.

Quels sont les génotypes Dobrava-Belgrade ?

Selon l'ECDC et la classification ICTV, le virus Dobrava-Belgrade regroupe trois génotypes principaux différenciés par leur réservoir rongeur. Le DOBV-Af est porté par Apodemus flavicollis (mulot à collier) et circule principalement dans les Balkans ; c'est le génotype le plus sévère. Le DOBV-Aa est porté par Apodemus agrarius (mulot rayé) et circule en Europe centrale, en Allemagne du Nord, en Estonie et en Russie ; sa virulence est intermédiaire. Le DOBV-Ap est porté par Apodemus ponticus, principalement dans le Caucase et la Russie méridionale. Ces génotypes diffèrent par leurs séquences génomiques, leurs propriétés antigéniques et leur sévérité clinique, mais partagent un tableau de FHSR.

Le virus Dobrava est-il présent en France ?

Selon le Centre National de Référence Hantavirus de l'Institut Pasteur et Santé publique France, le virus Dobrava-Belgrade n'est pas considéré comme endémique en France métropolitaine, où la quasi-totalité des cas d'hantavirose sont dus au virus Puumala. Des cas sporadiques importés peuvent toutefois être identifiés chez des voyageurs ayant séjourné dans les Balkans, en Europe centrale ou en Russie. Aucune donnée chiffrée officielle récente sur le nombre de cas Dobrava importés en France n'est publiée publiquement à ce jour. Toute suspicion clinique chez un patient revenu d'une zone d'endémie doit faire pratiquer une sérologie hantavirus avec typage de souche par le CNR Pasteur.

Quels symptômes provoque le virus Dobrava ?

Selon le MSD Manual et l'ECDC, l'infection à virus Dobrava-Belgrade provoque une FHSR sévère, dont le tableau clinique est plus marqué que celui des autres souches européennes. Après une incubation de 2 à 4 semaines, le patient présente une fièvre brutale élevée, des céphalées intenses, des myalgies, des douleurs lombaires sévères, des troubles digestifs et une atteinte rénale aiguë avec oligurie. Les signes hémorragiques sont plus fréquents et plus marqués qu'avec Puumala (pétéchies, épistaxis, hématémèse, microhématurie), avec une thrombopénie souvent sévère. Un choc hypotensif, une coagulopathie et une insuffisance rénale nécessitant une dialyse peuvent survenir. Le pronostic dépend de la rapidité de la prise en charge.

Comment se transmet le virus Dobrava ?

Selon l'ECDC et le CDC, la transmission du virus Dobrava-Belgrade à l'homme se fait principalement par inhalation d'aérosols contaminés générés par l'urine, les fèces ou la salive de mulots Apodemus infectés. Les activités à risque sont le nettoyage de granges, cabanes forestières, abris, greniers et caves situés en zone d'endémie, la manipulation de stocks de bois ou de foin, les travaux agricoles en zone rurale balkanique. La contamination peut aussi survenir par contact direct (morsure, manipulation à mains nues) ou par contact main-bouche après contact avec des surfaces souillées. Comme pour les autres hantavirus de l'Ancien Monde, aucune transmission interhumaine n'a été documentée.

Existe-t-il un vaccin contre le virus Dobrava ?

Non. Selon l'ECDC et l'OMS, il n'existe à ce jour aucun vaccin disponible en Europe contre le virus Dobrava-Belgrade ni contre les autres souches européennes de hantavirus. Des vaccins inactivés sont utilisés en Asie contre les souches Hantaan et Seoul (Corée du Sud, Chine), mais ils ne ciblent pas spécifiquement le virus Dobrava et ne sont pas commercialisés en Europe. La prévention repose donc exclusivement sur des mesures non vaccinales : limitation de l'exposition aux rongeurs, port d'équipements de protection lors du nettoyage de locaux infestés en zone d'endémie, et information des voyageurs vers les Balkans. Pour plus d'informations, consultez notre page dédiée au vaccin hantavirus.