Le hantavirus Puumala est la souche dominante en Europe et la seule souche endémique en France. Selon Santé publique France, il provoque une forme atténuée de fièvre hémorragique avec syndrome rénal, parfois appelée néphropathie épidémique, avec une létalité inférieure à 0,4 %. Son réservoir naturel est le campagnol roussâtre (Myodes glareolus), rongeur forestier abondant dans le quart nord-est. La France recense environ 100 à 200 cas confirmés par an, principalement dans les Ardennes, la Champagne-Ardenne, la Lorraine et la Franche-Comté.
Le virus Puumala : présentation générale
Le virus Puumala (PUUV) appartient au genre Orthohantavirus, famille des Hantaviridae, ordre des Bunyavirales. Selon l'ECDC, il s'agit d'un virus à ARN simple brin de polarité négative, segmenté en trois fragments génomiques (S, M, L) codant respectivement la nucléoprotéine, les glycoprotéines d'enveloppe et l'ARN polymérase virale.
Le virus a été identifié pour la première fois en 1980 par le virologue finlandais Markus Brummer-Korvenkontio et son équipe, à partir de prélèvements effectués sur des campagnols roussâtres capturés près de la localité de Puumala, en Finlande, qui donna son nom à la souche.
« Puumala virus, the most common hantavirus in Europe, is carried by the bank vole (Myodes glareolus) and causes a relatively mild form of haemorrhagic fever with renal syndrome known as nephropathia epidemica. »
Le virus Puumala se distingue des autres souches européennes de hantavirus par sa relative bénignité clinique. Il est responsable d'une forme atténuée de fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), appelée historiquement néphropathie épidémique en Europe du Nord.
Position dans la famille des hantavirus
Pour situer Puumala dans le contexte mondial, voici une comparaison synthétique des principales souches connues :
| Souche | Région | Réservoir | Syndrome | Létalité |
|---|---|---|---|---|
| Puumala | Europe (France) | Campagnol roussâtre | FHSR atténué | < 0,4 % |
| Dobrava | Balkans, Europe de l'Est | Mulot à collier | FHSR sévère | Jusqu'à 12 % |
| Hantaan | Asie de l'Est | Mulot rayé | FHSR sévère | 5 à 15 % |
| Seoul | Mondiale (urbaine) | Rat surmulot | FHSR modéré | 1 à 2 % |
| Sin Nombre | Amérique du Nord | Souris sylvestre | SPH | ~ 38 % |
| Andes | Amérique du Sud | Rat à longue queue | SPH | 30 à 50 % |
Cette diversité explique pourquoi le pronostic d'une infection à hantavirus dépend fortement de la souche en cause. La détermination de la souche est réalisée par le Centre National de Référence Hantavirus de l'Institut Pasteur, par sérologie spécifique et séquençage.
Réservoir naturel : le campagnol roussâtre (Myodes glareolus)
Le campagnol roussâtre (anciennement Clethrionomys glareolus, désormais Myodes glareolus) est l'unique réservoir naturel du virus Puumala. Selon Santé publique France et l'INRS, ce petit rongeur de la famille des Cricetidae mesure 8 à 12 cm de long, pèse 15 à 40 g et se reconnaît à son pelage roux-brun sur le dos, à son ventre gris clair et à sa queue relativement courte (4 à 6 cm).
Habitat et écologie du campagnol roussâtre
Le campagnol roussâtre fréquente principalement les milieux suivants :
- Forêts de feuillus (hêtraies, chênaies) et forêts mixtes
- Lisières forestières et clairières humides
- Broussailles, fourrés, haies bocagères
- Sous-bois à fougères, ronces, lierre
- Bordures de cours d'eau et zones marécageuses
- Granges, cabanes, abris de jardin et caves situés en zone forestière
Selon l'INRS, le campagnol roussâtre est particulièrement actif au crépuscule et la nuit. Sa densité de population présente des fluctuations cycliques marquées, avec des pics tous les 3 à 4 ans environ, conditionnés par les ressources alimentaires (notamment la fructification des arbres forestiers, comme les glands et les faînes).
Excrétion virale et persistance environnementale
Le campagnol roussâtre infecté par le virus Puumala excrète le virus dans son urine, ses fèces et sa salive pendant plusieurs mois, sans présenter lui-même de maladie. Selon l'ECDC, l'animal devient un porteur chronique asymptomatique, contaminant durablement son environnement.
Le virus survit plusieurs jours, voire plusieurs semaines, dans l'environnement, en particulier dans des conditions de température basse, d'humidité modérée et à l'abri du soleil direct. Les rayons ultraviolets, la chaleur et les détergents standard inactivent le virus.
Distribution géographique en Europe et en France
Selon l'ECDC, le virus Puumala est endémique sur une vaste partie de l'Europe continentale, avec une intensité variable selon les pays.
Pays européens les plus touchés
| Pays | Niveau d'endémie | Cas annuels (ordre de grandeur) |
|---|---|---|
| Finlande | Très élevé | ~ 1 000 à 3 000 cas |
| Suède | Élevé | ~ 200 à 600 cas |
| Allemagne | Élevé (cycles) | ~ 100 à 2 000 cas |
| Belgique | Modéré à élevé | ~ 100 à 400 cas |
| France | Modéré (nord-est) | ~ 100 à 200 cas |
| Pays-Bas, Autriche, Pologne | Sporadique à modéré | Quelques dizaines de cas |
Distribution en France métropolitaine
Selon Santé publique France, la zone d'endémie du virus Puumala couvre principalement le quart nord-est de la France. Les départements les plus touchés historiquement sont :
- Ardennes — département historiquement le plus touché
- Aisne, Oise, Somme — Picardie
- Marne, Aube, Haute-Marne — Champagne-Ardenne historique
- Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle, Vosges — Lorraine
- Doubs, Jura, Haute-Saône, Territoire de Belfort — Franche-Comté
- Côte-d'Or, Saône-et-Loire — nord de la Bourgogne
- Nord, Pas-de-Calais — Hauts-de-France
La France du sud et de l'ouest reste très peu concernée par Puumala, avec quelques cas sporadiques rapportés principalement chez des personnes ayant séjourné en zone d'endémie. La souche dominante en France métropolitaine est bien Puumala, contrairement au virus Andes qui n'est jamais endémique en Europe et qui a fait l'objet de cas importés surveillés depuis 2026.
Néphropathie épidémique : la forme clinique de Puumala
Selon le MSD Manual et l'ECDC, l'infection à virus Puumala s'exprime cliniquement sous la forme d'une néphropathie épidémique (en anglais nephropathia epidemica), terme introduit par les cliniciens scandinaves dans les années 1930-1940 pour désigner une fièvre aiguë associée à une atteinte rénale réversible chez des sujets ruraux et forestiers d'Europe du Nord.
La néphropathie épidémique est aujourd'hui considérée comme une forme atténuée de FHSR, partageant les mêmes mécanismes physiopathologiques (atteinte de l'endothélium vasculaire et glomérulaire) mais avec une intensité moindre.
Les cinq phases cliniques classiques
Selon le MSD Manual, l'évolution clinique de la néphropathie épidémique suit classiquement cinq phases successives, bien que les formes pauci-symptomatiques ou abortives soient fréquentes :
| Phase | Durée | Caractéristiques principales |
|---|---|---|
| 1. Fébrile | 3 à 7 jours | Fièvre brutale > 38,5 °C, céphalées, myalgies, troubles digestifs |
| 2. Hypotensive | Quelques heures à 2 jours | Chute tensionnelle, thrombopénie, douleurs lombaires |
| 3. Oligurique | 3 à 7 jours | Diminution des urines, insuffisance rénale, protéinurie |
| 4. Polyurique | Plusieurs semaines | Augmentation des urines, retour progressif de la fonction rénale |
| 5. Convalescence | 1 à 3 mois | Fatigue résiduelle, récupération complète habituelle |
Dans la majorité des cas observés en France, ces phases sont moins tranchées qu'en Asie où elles ont été initialement décrites pour la souche Hantaan. De nombreux patients ne présentent qu'une forme tronquée (fébrile + oligurique modérée).
Symptômes spécifiques (signes oculaires, cutanés, rénaux)
Au-delà du tableau général d'infection (fièvre, myalgies, céphalées, troubles digestifs), l'infection à virus Puumala présente plusieurs signes cliniques évocateurs qui doivent orienter le diagnostic en zone d'endémie.
Signes oculaires
Selon le MSD Manual et plusieurs publications de l'Inserm, les signes ophtalmologiques sont fréquents et parfois inauguraux :
- Myopie transitoire aiguë — vision floue de loin apparaissant brutalement, par modification de la courbure du cristallin due à un œdème ciliaire
- Hyperhémie conjonctivale — yeux rouges intenses (« yeux injectés »)
- Photophobie et larmoiement
- Douleurs oculaires et sensation de pression
Ces signes oculaires régressent spontanément en quelques jours à quelques semaines, sans séquelle.
Signes cutanés
Plusieurs manifestations cutanées sont décrites :
- Érythème facial évoquant un « coup de soleil » du visage, du cou et de la partie haute du thorax
- Pétéchies au niveau du voile du palais, du tronc et des conjonctives, traduisant la thrombopénie
- Plus rarement, un rash maculo-papuleux diffus
Atteinte rénale
L'atteinte rénale est constante mais d'intensité variable. Selon le MSD Manual :
- Douleurs lombaires bilatérales intenses, souvent au premier plan
- Oligurie (diminution des urines < 500 mL/24 h) pendant 3 à 7 jours
- Protéinurie et microhématurie à la bandelette urinaire
- Élévation de la créatinine et de l'urée sanguine
- Phase polyurique de récupération avec diurèse parfois > 4 L/24 h
Selon l'ECDC, environ 5 % des patients nécessitent une épuration extra-rénale transitoire (hémodialyse). La récupération complète de la fonction rénale est la règle.
Signes hémorragiques discrets
Contrairement aux souches asiatiques (Hantaan, Dobrava), les signes hémorragiques sont rares et limités :
- Pétéchies cutanéo-muqueuses
- Épistaxis modérée
- Microhématurie
Les hémorragies sévères (digestives, pulmonaires, cérébrales) sont exceptionnelles dans l'infection à Puumala.
Épidémiologie en France (100-200 cas annuels, saisonnalité)
Selon Santé publique France et le CNR Hantavirus de l'Institut Pasteur, la France métropolitaine recense en moyenne 100 à 200 cas confirmés par an d'infection à hantavirus Puumala. Ces chiffres reflètent les cas symptomatiques diagnostiqués biologiquement, mais sous-estiment la circulation virale réelle, une partie des infections étant asymptomatiques ou pauci-symptomatiques.
Cycles épidémiques pluriannuels
L'incidence varie fortement d'une année à l'autre, en lien avec les cycles de population du campagnol roussâtre :
- Années de faible incidence : 50 à 100 cas
- Années moyennes : 100 à 200 cas
- Années épidémiques : 250 à 350 cas, parfois plus
Ces cycles sont conditionnés par la fructification des hêtres et des chênes l'année précédente, qui favorise la reproduction des campagnols roussâtres et donc l'amplification du réservoir viral.
Saisonnalité
Selon Santé publique France, on observe une nette saisonnalité printemps-été, avec un pic des cas entre avril et août. Ce pic correspond aux activités humaines à risque :
- Réouverture et nettoyage de résidences secondaires fermées l'hiver
- Travaux de jardinage et de débroussaillage
- Manipulation de bois de chauffage stocké
- Activités forestières professionnelles et de loisir
- Randonnée et bivouac en zone forestière
Populations professionnelles à risque
Selon l'INRS, plusieurs catégories professionnelles présentent un risque accru d'infection à Puumala :
- Forestiers, bûcherons, agents ONF
- Agriculteurs et éleveurs en zone d'endémie
- Chasseurs réguliers et gardes-chasse
- Ouvriers du bâtiment intervenant en bâtiments anciens ou forestiers
- Naturalistes, écologues, scientifiques de terrain
- Militaires en manœuvre en zone forestière
Pour ces populations, des mesures de prévention spécifiques sont prévues par l'INRS et le Code du travail (formation, EPI, surveillance médicale).
Diagnostic et prise en charge spécifique
Selon le CNR Hantavirus de l'Institut Pasteur, le diagnostic de l'infection à virus Puumala repose sur deux examens biologiques complémentaires.
Sérologie IgM et IgG
La sérologie spécifique recherche les anticorps dirigés contre les protéines virales (nucléoprotéine principalement) :
- IgM anti-Puumala : positifs dès le 3e-7e jour de symptômes, attestent d'une infection récente
- IgG anti-Puumala : apparaissent à partir de la 2e semaine, persistent à vie, attestent d'une infection ancienne ou en cours
- Séroconversion : augmentation du titre IgG sur deux prélèvements espacés de 2 à 4 semaines = diagnostic confirmé
Les techniques utilisées sont l'ELISA (dépistage), l'immunofluorescence indirecte (IFI) et le Western blot ou immunoblot pour confirmation. Le CNR pratique le test de neutralisation pour typage de la souche.
PCR et séquençage
La PCR recherche directement l'ARN viral. Elle est particulièrement utile en phase précoce (5 premiers jours de symptômes), quand les anticorps ne sont pas encore détectables. Le séquençage du génome confirme la souche Puumala et permet une analyse phylogénétique fine, utile en épidémiologie.
Bilan biologique évocateur
Plusieurs anomalies biologiques sont très évocatrices d'une infection à Puumala en zone d'endémie :
- Thrombopénie (plaquettes < 150 000/mm³) — quasi constante
- Leucocytose modérée avec déviation gauche
- Élévation de la CRP (50 à 200 mg/L)
- Insuffisance rénale aiguë avec élévation de la créatinine
- Protéinurie abondante (souvent > 1 g/24 h)
- Élévation modérée des transaminases
Prise en charge thérapeutique
« Il n'existe pas de traitement spécifique de l'infection à hantavirus. La prise en charge est symptomatique et adaptée à la sévérité : surveillance hospitalière, équilibration hydro-électrolytique, voire épuration extra-rénale en cas d'insuffisance rénale sévère. »
Concrètement, le traitement repose sur :
- Hospitalisation en médecine interne, infectiologie ou néphrologie selon le tableau
- Surveillance clinique et biologique rapprochée (tension artérielle, diurèse, créatinine, plaquettes)
- Réhydratation prudente et adaptée à la phase clinique (éviter la surcharge en phase oligurique)
- Antalgiques pour les douleurs lombaires
- Hémodialyse en cas d'insuffisance rénale aiguë sévère (environ 5 % des cas)
- Pas d'antiviral spécifique validé en routine pour Puumala
La durée d'hospitalisation moyenne est de 5 à 10 jours. La sortie est autorisée après normalisation de la diurèse et stabilisation de la fonction rénale. Un suivi à 1 et 3 mois est recommandé.
Prévention en zone d'endémie
En l'absence de vaccin disponible en Europe, la prévention de l'infection à virus Puumala repose entièrement sur des mesures non vaccinales. Selon Santé publique France et l'INRS, ces mesures visent à réduire l'exposition aux excrétas de campagnols roussâtres.
Mesures domestiques en zone forestière
- Éviter l'installation de rongeurs : boucher les ouvertures de plus de 6 mm, grillager les aérations, stocker la nourriture en récipients hermétiques
- Aérer 30 minutes minimum tout local fermé depuis plusieurs semaines avant d'y pénétrer
- Humidifier avant de nettoyer : vaporiser de l'eau de Javel diluée (1 volume pour 9 volumes d'eau) sur les surfaces souillées et laisser agir 15 minutes
- Ne jamais balayer à sec ni passer l'aspirateur sur des excréments de rongeurs (création d'aérosols)
- Porter un masque FFP2/FFP3, des gants en caoutchouc et des lunettes de protection lors du nettoyage
- Laver soigneusement les mains au savon après intervention, et changer de vêtements
Mesures professionnelles (INRS)
Pour les forestiers, agriculteurs et chasseurs, l'INRS recommande des mesures spécifiques :
- Formation et information sur les risques d'hantavirose
- Port systématique d'EPI lors d'activités à risque (cabanes, abris, granges)
- Évaluation des risques biologiques dans le document unique
- Surveillance médicale renforcée (médecine du travail)
- Procédures de nettoyage adaptées dans les bâtiments forestiers
Mesures pour activités de loisir
- Éviter de dormir à même le sol en zone forestière endémique
- Aérer les refuges et gîtes forestiers avant occupation
- Stocker les denrées alimentaires hors de portée des rongeurs
- Ne pas manipuler de rongeurs morts à mains nues
- Consulter un médecin en cas de fièvre dans les 6 semaines suivant une exposition
Pour aller plus loin
- Les hantavirus : famille virale, souches et classification
- Symptômes du hantavirus à reconnaître
- Modes de transmission du hantavirus
- Prévention du hantavirus
- Régions de France les plus touchées
- Diagnostic du hantavirus
- Forestiers et hantavirus : prévention au travail
- Liste complète des sources scientifiques
