Hantavirus Hantaan : souche asiatique de référence et fièvre hémorragique

Le hantavirus Hantaan (HTNV) est la souche prototype de la famille des hantavirus et l'agent historique de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) sévère décrite en Asie de l'Est. Selon le CDC et l'ECDC, il est porté par le mulot rayé (Apodemus agrarius) et circule principalement en Chine continentale, dans les deux Corées et en Extrême-Orient russe. Sa létalité, estimée entre 5 et 15 % selon les séries, en fait l'une des souches les plus dangereuses de l'Ancien Monde. Hantaan n'est pas endémique en France : les cas français sont exclusivement importés.

Affiche d'information hantavirus : la souche Hantaan est l'agent prototype de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal sévère en Asie de l'Est
Le virus Hantaan est la souche prototype de la famille des hantavirus, responsable d'une FHSR sévère en Asie de l'Est.

Le virus Hantaan : présentation générale

Le virus Hantaan (HTNV) appartient au genre Orthohantavirus, famille des Hantaviridae, ordre des Bunyavirales, selon la classification taxonomique de l'ICTV (International Committee on Taxonomy of Viruses). Il s'agit d'un virus enveloppé, à ARN simple brin de polarité négative, dont le génome est segmenté en trois fragments :

  • Segment S (small) — code la nucléoprotéine N, principal antigène cible des anticorps
  • Segment M (medium) — code le précurseur des glycoprotéines d'enveloppe Gn et Gc, supports des épitopes neutralisants
  • Segment L (large) — code l'ARN polymérase ARN-dépendante virale (réplicase)

Cette organisation segmentée est commune à l'ensemble des hantavirus, mais la séquence des protéines virales et les propriétés antigéniques de Hantaan permettent de le distinguer clairement des autres souches comme Puumala, Seoul ou Dobrava. Le virus mesure environ 120 à 160 nanomètres de diamètre.

Souche prototype historique

Selon le CDC et l'Institut Pasteur, le virus Hantaan est considéré comme la souche prototype de la famille, c'est-à-dire la première souche caractérisée scientifiquement et celle qui a donné son nom à l'ensemble du groupe viral. Il a été identifié dans les années 1976-1978 par l'équipe du virologue coréen Ho Wang Lee, à partir de prélèvements pulmonaires effectués sur des mulots rayés (Apodemus agrarius) capturés près de la rivière Hantan, dans la zone démilitarisée séparant les deux Corées. Ces travaux ont ouvert la voie à l'identification ultérieure de Seoul (1980), Puumala (1980) puis de l'ensemble des hantavirus aujourd'hui connus.

L'année exacte de l'isolement publié fait l'objet de mentions diverses dans la littérature scientifique de référence ; pour une chronologie précise et faisant autorité, il convient de se référer aux pages du CDC, de l'Institut Pasteur ou de l'ICTV.

« Hantaan virus, identified in the late 1970s in the Republic of Korea, is the prototype hantavirus and the cause of the severe form of haemorrhagic fever with renal syndrome (HFRS) historically described in East Asia. Its main reservoir is the striped field mouse (Apodemus agrarius). »

CDC, About Hantavirus (Old World)

Réservoir naturel : le mulot rayé (Apodemus agrarius)

Selon le CDC, l'ECDC et l'Institut Pasteur, le réservoir naturel principal du virus Hantaan est le mulot rayé (Apodemus agrarius), petit rongeur sauvage de la famille des Muridae. Il mesure 9 à 12 cm de corps (sans la queue), pèse 15 à 35 g et se reconnaît à un pelage brun-fauve sur le dos marqué d'une bande sombre longitudinale caractéristique allant de la nuque à la base de la queue. Le ventre est gris clair.

Habitat et écologie en Asie

Le mulot rayé est un rongeur essentiellement terrestre, actif au crépuscule et la nuit. Il occupe préférentiellement les milieux suivants en Asie de l'Est :

  • Rizières, champs cultivés et leurs bordures
  • Prairies humides, friches herbeuses et zones de jachère
  • Lisières forestières et bosquets de plaine
  • Berges de cours d'eau et zones marécageuses tempérées
  • Granges, hangars agricoles et silos ruraux
  • Stocks de paille, foin et céréales
  • Jardins potagers proches des zones agricoles

Le mulot rayé occupe ainsi une niche écologique très différente du campagnol roussâtre forestier européen (réservoir de Puumala) ou du rat brun urbain (réservoir de Seoul). Cette niche agricole et rizicole explique en grande partie l'épidémiologie historique de la FHSR Hantaan, longtemps appelée « fièvre hémorragique épidémique » ou « fièvre hémorragique coréenne » par les militaires occidentaux engagés en Corée dans les années 1950.

Excrétion virale et persistance environnementale

Le mulot rayé infecté par le virus Hantaan excrète le virus dans son urine, ses fèces et sa salive pendant plusieurs mois, voire à vie, sans présenter lui-même de maladie. Selon le CDC, l'animal devient un porteur chronique asymptomatique, contaminant durablement son environnement. La séroprévalence chez les mulots rayés varie selon les régions, les saisons et les cycles de population, et peut atteindre plusieurs dizaines de pour cent dans les foyers d'endémie active.

Le virus Hantaan survit plusieurs jours dans l'environnement, en particulier dans les milieux frais, humides et à l'abri du soleil direct. Les rayons ultraviolets, la chaleur élevée et les désinfectants classiques (eau de Javel diluée, alcool à 70 %, ammonium quaternaire, péroxyde d'hydrogène) inactivent rapidement le virus.

Distribution géographique en Asie

Selon le CDC, l'ECDC et l'OMS, le virus Hantaan circule très majoritairement en Asie de l'Est et du Nord-Est, dans les zones rurales et agricoles correspondant à l'aire de répartition du mulot rayé. Les pays concernés se répartissent comme suit :

Distribution documentée du virus Hantaan en Asie
Pays / régionNiveau d'endémieObservations
Chine continentale (nord-est, centre)Très élevéPremier foyer mondial — plusieurs dizaines de milliers de cas annuels rapportés historiquement
Corée du SudÉlevéFoyer historique d'identification du virus, surveillance active
Corée du NordDocumentéDonnées chiffrées officielles limitées
Russie — Extrême-Orient (Primorie, Khabarovsk)ÉlevéCas réguliers, circulation rurale
JaponSporadiqueSurveillance, cas anciens dans certaines régions
Asie du Sud-Est (Vietnam, Thaïlande, Laos)Sporadique à modéréÉtudes séro-épidémiologiques, cas humains documentés

Selon l'OMS, la Chine continentale concentre historiquement la grande majorité des cas mondiaux de FHSR à virus Hantaan, avec des dizaines de milliers de cas annuels au plus fort des périodes épidémiques observées dans la seconde moitié du XXe siècle. Les chiffres exacts les plus récents doivent être consultés auprès des autorités sanitaires chinoises et de l'OMS. La Corée du Sud a longtemps recensé plusieurs centaines à plusieurs milliers de cas par an avant la généralisation de la vaccination et de la prévention.

Le virus Hantaan n'est pas endémique en Europe, en Afrique, en Amérique du Nord ni en Amérique du Sud. Les cas observés hors d'Asie de l'Est correspondent à des cas importés chez des voyageurs, militaires, expatriés ou travailleurs humanitaires.

Tableau clinique : les cinq phases classiques de la FHSR

Selon le MSD Manual et le CDC, l'infection à virus Hantaan évolue classiquement en cinq phases successives, plus tranchées que dans les formes atténuées européennes à virus Puumala. La durée d'incubation est de 2 à 4 semaines après l'exposition aux excrétas du mulot rayé.

Les cinq phases cliniques de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal Hantaan
PhaseDurée typiqueCaractéristiques principales
1. Fébrile3 à 7 joursFièvre brutale supérieure à 39 °C, frissons, céphalées intenses, douleurs lombaires, myalgies, troubles digestifs, érythème facial et thoracique, hyperhémie conjonctivale
2. HypotensiveQuelques heures à 3 joursChute tensionnelle pouvant aller jusqu'au choc, tachycardie, thrombopénie marquée, hémoconcentration, signes hémorragiques (pétéchies, épistaxis)
3. Oligurique3 à 7 joursInsuffisance rénale aiguë avec oligurie ou anurie, protéinurie massive, élévation marquée de la créatinine et de l'urée, hémorragies digestives, surcharge hydrique, complications cardiovasculaires
4. PolyuriquePlusieurs jours à plusieurs semainesReprise progressive de la diurèse, parfois supérieure à 4 à 6 L/24 h, risque de déshydratation et de troubles électrolytiques, amélioration clinique
5. Convalescence1 à 3 moisFatigue résiduelle prolongée, récupération progressive de la fonction rénale, possibles troubles fonctionnels persistants chez une minorité de patients

Formes sévères et complications

Contrairement à la néphropathie épidémique européenne à virus Puumala, où les signes hémorragiques sont rares, l'infection à virus Hantaan présente une composante hémorragique nettement plus marquée, selon le MSD Manual et l'ECDC :

  • Pétéchies cutanéo-muqueuses étendues, ecchymoses
  • Épistaxis, gingivorragies
  • Hémorragies digestives hautes ou basses (hématémèse, méléna, rectorragies)
  • Hématurie macroscopique
  • Hémorragies rétiniennes et conjonctivales
  • Plus rarement, hémorragies pulmonaires, intracrâniennes ou rétropéritonéales

Les complications graves susceptibles d'entraîner le décès comprennent le choc hypovolémique ou hémorragique, l'insuffisance rénale aiguë anurique avec surcharge hydrique, l'œdème pulmonaire, l'œdème cérébral, les coagulopathies de consommation et les atteintes cardiovasculaires (myocardite, péricardite). Les formes neurologiques (méningo-encéphalite, convulsions) sont rares mais décrites. La mortalité se concentre principalement dans les phases hypotensive et oligurique.

Données épidémiologiques officielles

Selon le CDC, l'OMS et l'ECDC, le virus Hantaan est responsable de la grande majorité des cas mondiaux de fièvre hémorragique avec syndrome rénal sévère. La FHSR globale, toutes souches confondues, représente plusieurs dizaines de milliers de cas par an à l'échelle mondiale, dont la majorité en Asie et liée au virus Hantaan ou à des souches apparentées circulant chez d'autres espèces d'Apodemus.

Létalité

Selon l'ECDC et le MSD Manual, la létalité de l'infection à virus Hantaan est estimée entre 5 et 15 % selon les séries cliniques publiées, les périodes étudiées et la qualité de la prise en charge hospitalière disponible. La létalité est plus élevée dans les zones où l'accès à la dialyse en phase oligurique est limité.

Comparatif de létalité entre souches

Létalité comparée des principales souches de hantavirus
SoucheSyndromeLétalité estiméeSource principale
PuumalaFHSR atténué (néphropathie épidémique)< 0,4 %ECDC, Santé publique France
SeoulFHSR modéré1 à 2 %ECDC, CDC
DobravaFHSR sévèreJusqu'à 12 %ECDC
HantaanFHSR sévère5 à 15 %CDC, ECDC, MSD Manual
Sin NombreSPH (syndrome pulmonaire)~ 38 %CDC
AndesSPH (syndrome pulmonaire)30 à 50 %OMS, OPS

Incidence en Asie de l'Est

Selon les communications historiques de l'OMS et les rapports nationaux chinois et coréens, la Chine continentale a recensé jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de cas annuels de FHSR au plus fort des cycles épidémiques observés dans la seconde moitié du XXe siècle, avec une décroissance progressive grâce à la vaccination, à l'amélioration des conditions agricoles et à la lutte antirongeur. La Corée du Sud, grâce à la généralisation des vaccins Hantaan, a vu son incidence chuter progressivement. Pour les chiffres les plus récents, il convient de consulter directement les autorités sanitaires nationales et l'OMS, seules sources officielles à jour. Aucune donnée chiffrée officielle consolidée n'est ici avancée hors des références publiées par ces organismes.

Diagnostic biologique

Selon le Centre National de Référence Hantavirus de l'Institut Pasteur et le MSD Manual, le diagnostic d'une infection à virus Hantaan repose sur deux examens biologiques complémentaires, à interpréter en fonction du délai depuis le début des symptômes.

Sérologie IgM et IgG

La sérologie spécifique recherche les anticorps dirigés contre les protéines virales :

  • IgM anti-Hantaan : positifs dès le 3e-7e jour de symptômes, attestent d'une infection récente
  • IgG anti-Hantaan : apparaissent à partir de la 2e semaine, persistent à vie, attestent d'une infection ancienne ou en cours
  • Séroconversion documentée sur deux prélèvements espacés de 2 à 4 semaines : diagnostic confirmé

Les techniques utilisées sont l'ELISA (dépistage), l'immunofluorescence indirecte (IFI), le Western blot ou immunoblot pour confirmation et le test de neutralisation pour le typage de la souche. La sérologie Hantavirus peut présenter des réactions croisées entre souches du même sérogroupe, justifiant un typage complémentaire par le CNR.

PCR et séquençage

La RT-PCR recherche directement l'ARN viral à partir d'un prélèvement sanguin ou tissulaire. Elle est particulièrement utile en phase précoce (5 à 7 premiers jours de symptômes), lorsque les anticorps ne sont pas encore détectables. Le séquençage du génome viral, réalisé par le CNR Hantavirus de l'Institut Pasteur, permet de confirmer la souche (Hantaan, Puumala, Seoul, Dobrava, autres) et d'effectuer une analyse phylogénétique fine, utile en épidémiologie et pour identifier l'origine géographique d'un cas importé.

Bilan biologique évocateur

Plusieurs anomalies biologiques sont très évocatrices d'une infection à Hantaan chez un patient revenant d'Asie de l'Est avec un syndrome fébrile :

  • Thrombopénie marquée (plaquettes souvent < 100 000/mm³)
  • Leucocytose avec déviation gauche
  • Hémoconcentration (hématocrite élevé) en phase hypotensive
  • Élévation marquée de la créatinine et de l'urée
  • Protéinurie massive (souvent > 3 g/24 h)
  • Hématurie microscopique ou macroscopique
  • Élévation des transaminases, parfois importante
  • Élévation de la CRP et des LDH
  • Troubles de la coagulation, signes biologiques de CIVD dans les formes graves

Prise en charge médicale

Il n'existe à ce jour aucun traitement antiviral spécifique validé en routine contre le virus Hantaan, selon le CDC, l'ECDC et le MSD Manual. La prise en charge est principalement symptomatique et repose sur une hospitalisation, avec surveillance rapprochée des paramètres vitaux, de la diurèse, de la fonction rénale et de la coagulation.

Prise en charge symptomatique hospitalière

  • Hospitalisation en infectiologie, médecine interne, néphrologie ou réanimation selon la gravité
  • Équilibration hydro-électrolytique prudente adaptée à la phase clinique : compensation des pertes en phase fébrile, prudence stricte en phase oligurique pour éviter la surcharge hydrique
  • Correction des troubles tensionnels par remplissage vasculaire et amines vasopressives en phase de choc
  • Transfusions de plaquettes, plasma frais congelé ou culots globulaires selon la gravité des signes hémorragiques
  • Antalgiques adaptés pour les douleurs lombaires et les céphalées (en évitant les anti-inflammatoires non stéroïdiens qui aggravent l'atteinte rénale)
  • Antipyrétiques (paracétamol) pour la fièvre
  • Surveillance étroite en unité de soins continus ou de réanimation dans les formes graves

Épuration extra-rénale en phase oligurique

Selon le MSD Manual, la mise en route précoce d'une hémodialyse ou d'une autre technique d'épuration extra-rénale est l'un des éléments majeurs ayant fait reculer la mortalité de la FHSR Hantaan dans les pays disposant de plateaux techniques adaptés. Les indications principales sont l'insuffisance rénale aiguë anurique, la surcharge hydrique sévère, l'hyperkaliémie menaçante, l'acidose métabolique sévère et l'urémie symptomatique.

Ribavirine — données disponibles

Selon plusieurs publications scientifiques anciennes, la ribavirine par voie intraveineuse a été étudiée dans le traitement de la FHSR à virus Hantaan en Chine et en Corée, avec des résultats suggérant un bénéfice en cas d'administration précoce dans la phase fébrile. Toutefois, cette indication n'est pas universellement validée par les autorités sanitaires occidentales. La ribavirine n'a pas d'autorisation de mise sur le marché spécifique pour la FHSR dans l'Union européenne. Son emploi éventuel relève d'une décision spécialisée au cas par cas, à discuter avec les centres de référence (CNR Hantavirus de l'Institut Pasteur, services d'infectiologie de référence).

Vaccins disponibles en Asie

Plusieurs vaccins inactivés à virus entier sont utilisés depuis les années 1990 contre la FHSR en Asie, selon les communications publiques disponibles :

  • Hantavax en Corée du Sud — vaccin inactivé monovalent Hantaan, dérivé d'une souche virale cultivée sur cerveau de souriceau puis inactivée
  • Vaccins inactivés bivalents Hantaan / Seoul produits et utilisés en Chine continentale, dérivés de cultures cellulaires

Ces vaccins ne sont ni autorisés ni commercialisés en France ni dans l'Union européenne. Leur statut auprès de l'OMS, leur schéma vaccinal, leur efficacité protectrice à long terme et leur profil de sécurité doivent être consultés directement auprès des autorités sanitaires nationales asiatiques et des publications spécialisées. Aucun vaccin recombinant ou ARN messager n'est à ce jour autorisé contre Hantaan dans le monde, à notre connaissance, et aucune donnée chiffrée officielle d'efficacité consolidée n'est ici avancée hors des références publiées.

Absence d'autorisation européenne

Selon l'Agence européenne des médicaments (EMA), aucun vaccin contre les hantavirus n'est à ce jour autorisé dans l'Union européenne. Cela concerne aussi bien les souches eurasiennes (Puumala, Seoul, Hantaan, Dobrava) que les souches américaines (Sin Nombre, Andes). En Europe, la prévention repose donc exclusivement sur les mesures non vaccinales : lutte antirongeur, port d'équipements de protection individuelle lors du nettoyage de locaux potentiellement infestés, hygiène des mains, information des populations professionnelles à risque.

Comparaison Hantaan vs Puumala vs Seoul vs Dobrava

Pour situer la souche Hantaan dans le contexte des autres hantavirus de l'Ancien Monde responsables de FHSR, voici un comparatif synthétique des quatre principales souches eurasiennes, selon le CDC, l'ECDC et le MSD Manual.

Comparaison des quatre principales souches de hantavirus responsables de FHSR en Eurasie
CritèreHantaanPuumalaSeoulDobrava
Réservoir principalMulot rayé (Apodemus agrarius)Campagnol roussâtre (Myodes glareolus)Rat brun (Rattus norvegicus)Mulot à collier (Apodemus flavicollis)
Habitat du réservoirRizières, champs, grangesForêts de feuillusVilles, ports, égoutsForêts mixtes
Distribution géographiqueAsie de l'Est (Chine, Corées, Russie extrême-orientale)Europe centrale, du Nord et de l'EstMondiale (cosmopolite urbain)Balkans, Europe de l'Est
Sévérité cliniqueSévèreAtténuée (néphropathie épidémique)ModéréeSévère
Létalité estimée5 à 15 %< 0,4 %1 à 2 %Jusqu'à 12 %
Composante hémorragiqueMarquée (digestive, cutanée, viscérale)Rare et discrèteModéréeMarquée
Atteinte rénaleSévère, souvent anuriqueModérée, transitoireModéréeSévère
Vaccin disponibleOui, en Asie (Hantavax, vaccins chinois)NonVaccins bivalents Hantaan/Seoul en AsieNon
Endémique en FranceNon (cas importés uniquement)Oui (100 à 200 cas/an)Sporadique (zones urbaines)Non

Ce tableau met en évidence le caractère distinctif du virus Hantaan : réservoir agricole, distribution est-asiatique, sévérité élevée, et composante hémorragique significative. Pour un voyageur français se rendant en Asie de l'Est en zone rurale, en particulier pour des activités agricoles, des manœuvres militaires ou un séjour prolongé, Hantaan constitue le risque hantavirus principal à connaître.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le virus Hantaan ?

Le virus Hantaan (HTNV) est la souche prototype de la famille des hantavirus. Selon le CDC, l'ECDC et l'ICTV, il appartient au genre Orthohantavirus, famille des Hantaviridae, ordre des Bunyavirales. Il s'agit d'un virus à ARN simple brin de polarité négative, segmenté en trois fragments (S, M, L). Il a été isolé pour la première fois à la fin des années 1970 par le virologue coréen Ho Wang Lee, à partir de mulots rayés (Apodemus agrarius) capturés près de la rivière Hantan, en zone démilitarisée coréenne, ce qui a donné son nom au virus. Hantaan est responsable d'une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) sévère, endémique en Asie de l'Est.

Où le virus Hantaan circule-t-il ?

Selon le CDC, l'ECDC et l'OMS, le virus Hantaan circule principalement en Asie de l'Est et du Nord-Est. Les pays les plus touchés sont la Chine continentale, la Corée du Sud, la Corée du Nord et l'Extrême-Orient russe. Une circulation est également documentée dans certaines zones rurales d'Asie du Sud-Est, notamment au Vietnam, en Thaïlande et au Laos, mais avec une intensité moindre. Le foyer historique se situe le long du fleuve Amour et dans les plaines agricoles du nord-est de la Chine et de la péninsule coréenne, là où le mulot rayé Apodemus agrarius, réservoir principal, est très abondant. Le virus n'est pas endémique en Europe ni en Amérique.

Quelle est la létalité du virus Hantaan ?

Selon l'ECDC et le MSD Manual, la létalité de l'infection à virus Hantaan est estimée entre 5 et 15 % selon les séries, ce qui en fait une des souches les plus sévères de fièvre hémorragique avec syndrome rénal. Cette létalité est nettement supérieure à celle des autres hantavirus de l'Ancien Monde : Puumala (inférieure à 0,4 %), Seoul (1 à 2 %). Elle est comparable à celle de la souche Dobrava (jusqu'à 12 %) qui circule dans les Balkans. La gravité dépend de la prise en charge médicale précoce, de la disponibilité de la dialyse en phase oligurique et du terrain du patient. Une prise en charge hospitalière adaptée réduit significativement la mortalité.

Le virus Hantaan se transmet-il entre humains ?

Non. Selon le CDC, l'ECDC et le MSD Manual, le virus Hantaan ne présente aucune transmission interhumaine documentée. Comme les autres hantavirus de l'Ancien Monde (Puumala, Seoul, Dobrava), il se transmet exclusivement de l'animal réservoir, le mulot rayé Apodemus agrarius, à l'homme par inhalation d'aérosols contaminés provenant des excrétas du rongeur. Aucune mesure d'isolement n'est requise autour d'un patient infecté par le virus Hantaan. Seul le virus Andes en Amérique du Sud a démontré une transmission interhumaine documentée, ce qui en fait une exception au sein de la famille des hantavirus.

Existe-t-il un vaccin contre le virus Hantaan ?

Oui, mais uniquement en Asie. Selon les communications publiques disponibles, deux vaccins inactivés à virus entier sont utilisés depuis les années 1990 contre les souches Hantaan et Seoul : Hantavax en Corée du Sud, ainsi que plusieurs vaccins inactivés bivalents Hantaan/Seoul en Chine continentale. Ces vaccins ne sont ni autorisés ni commercialisés en Europe, et ne figurent pas dans la liste des vaccins préqualifiés par l'OMS. Leur efficacité protectrice à long terme reste discutée dans la littérature scientifique. Aucun vaccin ARN messager n'est à ce jour autorisé contre Hantaan. La prévention en zone d'endémie repose donc principalement sur les mesures non vaccinales : éviction des rongeurs, port d'EPI, hygiène.

Quels symptômes provoque le virus Hantaan ?

Selon le MSD Manual et le CDC, l'infection à virus Hantaan provoque une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) qui évolue classiquement en cinq phases : phase fébrile (3 à 7 jours) avec fièvre brutale, céphalées intenses, myalgies, douleurs lombaires, troubles digestifs et érythème facial ; phase hypotensive (quelques heures à 2 jours) avec chute tensionnelle et thrombopénie ; phase oligurique (3 à 7 jours) avec insuffisance rénale aiguë et signes hémorragiques (pétéchies, épistaxis, hématémèse, hémorragies digestives) ; phase polyurique de récupération ; phase de convalescence pouvant durer plusieurs mois. Les complications sévères (choc, hémorragies massives, insuffisance rénale anurique, atteinte du système nerveux) sont plus fréquentes qu'avec les autres souches eurasiennes.

Comment se transmet le virus Hantaan ?

Selon le CDC et l'ECDC, le virus Hantaan se transmet à l'homme principalement par inhalation d'aérosols contaminés générés par l'urine, les fèces ou la salive de mulots rayés Apodemus agrarius infectés. Les situations à risque comprennent les activités agricoles dans les rizières et champs (battage des céréales, manipulation de paille et de foin), le nettoyage de granges, hangars et bâtiments ruraux infestés, le bivouac et les manœuvres militaires en zone d'endémie, et les activités de chasse ou de piégeage. La contamination peut aussi survenir par contact direct (morsure, manipulation à mains nues) ou par contact main-bouche après contact avec des surfaces souillées. La transmission par voie alimentaire ou hydrique est anecdotique.

Le virus Hantaan est-il présent en France ?

Non. Selon Santé publique France, l'ECDC et le Centre National de Référence Hantavirus de l'Institut Pasteur, le virus Hantaan n'est pas endémique en France métropolitaine ni dans les départements et territoires d'outre-mer. La souche endémique en France est le virus Puumala, qui domine très largement l'épidémiologie nationale avec 100 à 200 cas confirmés par an. Le virus Seoul circule de façon sporadique en milieu urbain français. Les rares cas d'infection à virus Hantaan rapportés chez des résidents français sont des cas importés concernant des voyageurs, expatriés, militaires ou travailleurs humanitaires ayant séjourné en Asie de l'Est en zone d'endémie. Aucune circulation autochtone n'est documentée.