Le cluster d'infections à hantavirus Andes survenu à bord du MV Hondius, un navire de croisière polaire néerlandais, est le premier épisode de cette envergure documenté sur un navire de croisière. Parti d'Ushuaïa (Argentine) au cours du mois d'avril 2026 pour une expédition antarctique, le navire a été dérouté pour évacuation sanitaire à Tenerife (Canaries) le . Selon les communications de l'OMS et de l'ECDC, environ 9 cas confirmés et 3 décès ont été rapportés au 11 mai 2026, dont un premier cas en France et 22 cas contacts placés sous surveillance sur le territoire national.
1. Le MV Hondius : un navire de croisière polaire néerlandais
Le MV Hondius est un navire d'expédition polaire néerlandais, exploité selon les informations publiques par la compagnie Oceanwide Expeditions (Pays-Bas). Mis en service à la fin des années 2010, il a été conçu pour la navigation en eaux polaires et certifié pour les zones glacées selon les standards du Code polaire de l'OMI (Organisation maritime internationale).
- Type : navire d'expédition polaire (classe glace)
- Pavillon : Pays-Bas
- Capacité : environ 170 passagers maximum + équipage
- Zones d'opération : péninsule antarctique, Géorgie du Sud, Falkland (saison australe) ; Svalbard, Groenland, Islande (saison boréale)
- Port d'embarquement antarctique : Ushuaïa (Argentine)
Ce profil — embarquement systématique en Patagonie argentine, séjours fréquents dans des habitations rurales ou refuges en zone d'endémie hantavirus Andes — est précisément celui qui rend l'exposition au virus plausible avant ou pendant l'embarquement, et non pendant la phase antarctique elle-même.
2. Avril 2026 — Départ d'Ushuaïa : la croisière initiale
Au cours du mois d', le MV Hondius effectue une croisière d'expédition au départ d'Ushuaïa (province de Terre de Feu, Argentine), dans le cadre des dernières rotations de la saison antarctique australe. L'itinéraire, selon les informations relayées par l'ECDC et les médias, comportait :
- Un embarquement à Ushuaïa avec phase de pré-acheminement par voie aérienne via Buenos Aires
- Des escales et bivouacs en Patagonie argentine et chilienne selon le programme
- La traversée du passage de Drake
- Plusieurs escales sur la péninsule antarctique
- Le retour transatlantique vers l'Europe, prévu via les Canaries (Tenerife)
À ce stade, aucun signalement sanitaire particulier n'est rapporté à bord. L'incubation du hantavirus Andes étant, selon le CDC, comprise entre 1 et 5 semaines (médiane 2 à 3 semaines), une exposition survenue au moment de l'embarquement en Patagonie pouvait rester silencieuse plusieurs semaines avant l'apparition des premiers symptômes en mer.
3. Début mai 2026 — Premiers symptômes à bord
Au cours des premiers jours de , plusieurs passagers du MV Hondius présentent des syndromes pseudo-grippaux sévères : fièvre élevée, myalgies importantes, céphalées, troubles digestifs. Selon les informations relayées par les autorités sanitaires européennes, certains de ces patients développent rapidement une atteinte cardio-pulmonaire compatible avec un syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH) : essoufflement au repos, hypoxie, œdème pulmonaire non cardiogénique.
Le commandement du navire alerte les autorités maritimes et sanitaires et engage le déroutement vers le port de débarquement le plus proche capable d'absorber l'évacuation de l'ensemble des passagers : Santa Cruz de Tenerife (Canaries, Espagne).
4. 7 mai 2026 — Évacuation à Tenerife (Canaries)
Le , le MV Hondius accoste à Tenerife. Environ 125 passagers sont débarqués et pris en charge par les autorités sanitaires espagnoles, en coordination avec l'ECDC et le réseau européen de surveillance. Les cas suspects sont hospitalisés sur place ; les autres passagers font l'objet d'un dispositif de surveillance sanitaire renforcée et de traçage en fonction de leur pays de résidence.
Le même jour, l'OMS publie une communication officielle annonçant sa réponse au cluster hantavirus lié à un navire de croisière, et active les mécanismes de coordination internationale prévus par le Règlement sanitaire international (RSI 2005).
- ~125 passagers débarqués à Tenerife
- Mise en quarantaine sanitaire des passagers symptomatiques
- Désinfection initiale du navire
- Coordination ECDC / autorités espagnoles / pays d'origine des passagers
- Communication officielle OMS du 7 mai 2026
5. 8-10 mai 2026 — Cas confirmés et alerte sanitaire internationale
Du au , les laboratoires espagnols puis européens confirment progressivement, par sérologie et PCR, l'identification du hantavirus Andes chez plusieurs patients hospitalisés à Tenerife. L'ECDC consolide les cas dans sa page dédiée « Andes hantavirus outbreak » et émet une alerte aux pays membres pour activer la recherche active de cas chez les passagers rapatriés.
« In Chile and Argentina, rare cases of person-to-person transmission have occurred among close contacts of a person who was ill with a type of hantavirus called Andes virus. »
Cette particularité de la souche Andes — seule souche d'hantavirus pour laquelle une transmission interhumaine est documentée — explique le caractère exceptionnel du dispositif de surveillance des cas contacts mis en place dans tous les pays concernés.
Répartition provisoire des cas (au 10 mai 2026)
- Confirmation diagnostique des premiers cas par PCR + sérologie
- Alerte ECDC et activation du Early Warning and Response System (EWRS) européen
- Identification des passagers selon leur pays de résidence (Europe, Amérique du Nord, autres)
- Premiers décès rapportés parmi les passagers les plus sévèrement atteints
6. 11 mai 2026 — Premier cas France confirmé
Le , le Centre National de Référence Hantavirus de l'Institut Pasteur confirme le premier cas français d'infection à hantavirus Andes : une passagère du MV Hondius rapatriée en France, hospitalisée pour syndrome pulmonaire à hantavirus. Voir notre article dédié : Premier cas d'hantavirus Andes en France.
Deux jours plus tôt, le , l'arrêté prescrivant les mesures d'urgence pour le risque hantavirus avait déjà été publié au Journal officiel, anticipant la confirmation diagnostique et permettant l'activation immédiate du dispositif de surveillance des cas contacts par les Agences Régionales de Santé.
- Confirmation diagnostique par le CNR Hantavirus (Institut Pasteur)
- Identification d'environ 22 cas contacts sur le territoire français
- Suivi clinique et biologique des cas contacts pendant 8 semaines (durée maximale d'incubation)
- Coordination ARS / Santé publique France / CNR Hantavirus
7. Bilan provisoire au 11 mai 2026
- Cas confirmés : environ 9 (selon les premières estimations OMS / ECDC)
- Décès : environ 3 rapportés
- Passagers évacués à Tenerife : ~125
- Premier cas France : confirmé le 11 mai 2026
- Cas contacts France sous surveillance : environ 22
- Cas contacts symptomatiques France : aucun à ce jour
- Pays concernés : plusieurs pays européens et hors Europe (en cours de consolidation par l'ECDC)
La létalité observée dans ce cluster (environ 3 décès pour 9 cas confirmés, soit ~33 %) reste cohérente avec la fourchette de létalité du syndrome pulmonaire à hantavirus Andes documentée par le CDC (30 à 40 % en l'absence de prise en charge précoce).
8. Mesures sanitaires internationales
OMS — Organisation mondiale de la santé
- Communication officielle du sur la réponse au cluster
- Activation des mécanismes de coordination prévus par le RSI 2005
- Information des États membres et appui technique aux autorités sanitaires nationales
ECDC — European Centre for Disease Prevention and Control
- Page dédiée « Andes hantavirus outbreak » mise à jour quotidiennement
- Activation de l'Early Warning and Response System européen
- Consolidation des cas et coordination avec les laboratoires nationaux de référence
CDC — Centers for Disease Control and Prevention (États-Unis)
- Mise à jour des recommandations à destination des voyageurs vers la Patagonie
- Rappel des modalités de transmission et des particularités de la souche Andes
- Soutien diagnostique aux laboratoires nationaux qui en font la demande
France — Santé publique France, CNR Hantavirus, ministère de la Santé
- Arrêté du 9 mai 2026 (Legifrance JORFTEXT000054050696)
- Activation de la surveillance des cas contacts par les ARS
- Confirmation diagnostique par le CNR Hantavirus (Institut Pasteur)
- Information des professionnels de santé sur la conduite à tenir
9. Que reste-t-il à élucider
Plusieurs zones d'ombre restent à éclaircir par l'enquête épidémiologique conjointe ECDC / OMS / autorités sanitaires nationales, en lien avec les autorités argentines et chiliennes :
- Lieu(x) d'exposition précis : hébergement, refuge ou escale terrestre en Patagonie où les rongeurs réservoirs auraient pu disséminer le virus.
- Période exacte d'exposition : avant embarquement, lors d'escales terrestres, ou les deux.
- Existence ou non d'une transmission secondaire à bord : la souche Andes étant la seule souche capable de transmission interhumaine, l'hypothèse d'une transmission entre passagers en milieu fermé doit être documentée.
- Bilan définitif des cas et décès après consolidation des diagnostics par les laboratoires nationaux.
- Conséquences sur l'exploitation du MV Hondius et, plus largement, sur les protocoles de prévention des compagnies de croisières polaires opérant depuis Ushuaïa.
